jeudi 30 mars 2017
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DIRECT : Procès de Rodilhan en cours au Tribunal de Nîmes

rodilhan2016aPlanète Animaux est sur place, à Nîmes, pour assister au très attendu procès dit « procès de Rodilhan ». Pour suivre les débats et le déroulé des audiences, actualisez régulièrement cet article.

Tout au long des 2 jours d’audiences (le procès s’étendra sur jeudi et vendredi), nous vous relaterons ici, le plus précisément possible, ce qui se dira devant les magistrats du Palais de Justice de Nîmes. Notez cependant que l’utilisation d’un ordinateur ou d’un smartphone n’est pas possible sur les bancs du Tribunal, aussi, nous mettrons cet article à jour le plus régulièrement possible lors des « pauses » du procès. Pour ne rien rater, pensez à actualiser cette page.

JEUDI 14 JANVIER 2016

7h00 : Des militants anti-corrida ont déjà commencé leur travail de sensibilisation à Nîmes hier après-midi, en distribuant des tracts à propos des événements survenus à Rodilhan en 2011 devant l’entrée d’une exposition dédiée à la corrida installée près de la « Maison Carrée ». Dans cette exposition, des panneaux indiquent notamment que « voir dans la corrida une manifestation de la cruauté humaine dénote une méconnaissance totale du public » ; mais aussi, à propos du taureau, « nul besoin de l’exciter, il attaque de manière naturelle » et « par nature, le taureau est peu sensible à la douleur et inaccessible à la souffrance »…

7h30 : Hier, le CRAC Europe s’est également mobilisé en collant sur différents panneaux d’affichage libre de la ville des visuels grand format du « lynchage de Rodilhan ».

7h45 : Nous partons pour l’audience, qui débutera à 8h30 dans le tribunal nimois. Un « rassemblement de soutien aux victimes de Rodilhan » est prévu devant le Palais de Justice. Il devrait regrouper une centaine de personnes, et est régulier puisqu’il a été déclaré à la Préfecture et auprès des forces de l’ordre. « Nous appelons à rester silencieux et statique afin de ne pas troubler le déroulement du procès », précise le CRAC Europe.

8h00 : Pour ceux qui ignorent ce qui s’est passé à Rodilhan en 2011, et donc sur quoi porte le procès, vous pouvez visionner les agressions survenues dans les arènes, et dont il est question, dans la vidéo ci-dessous :

8h30 : Les faits qui vont être jugés ce jour sont sérieux. En effet, certains des militants anti-corrida agressés dans les arènes de Rodilhan ont souffert de coups (de poing, de pied…) et de fractures, d’autres ont subit des attouchements sexuels. 18 prévenus sont attendus devant les juges. Parmis eux, le maire de Rodilhan (Serge Reder) qui a lui-même participé au « lynchage » sur la piste.

rodilhan2016c8h35 : L’accès au Palais de Justice, qui jouxte les arènes, est un véritable parcours du combattant. Un important dispositif est en place, avec cars, barrières et des dizaines de policiers… Pour pouvoir approcher du bâtiment, il faut montrer patte blanche, sinon il est impossible de franchir les barrières. En tout, il nous faudra montrer 4 fois notre carte de presse en différents points de contrôle afin de pouvoir accéder à la salle d’audience, qui est la salle d’Assises du Tribunal de Nîmes.

8h40 : Au moment de pénétrer dans le hall du Palais de Justice, nouveau contrôle. Lorsque nous indiquons être Planète Animaux, les officiers de Police rient jaune et lèvent les yeux au ciel. Puis un officier gradé insinue que nous sommes là « pour manifester » et nous intime de ne pas le faire. Cela tombe bien, ce n’était absolument pas prévu à notre programme, puisque nous sommes venus pour assister à l’audience, et rien d’autre !

8h45 : Ultime affront : une fois installés sur notre siège « Presse » dans la salle d’audience, un agent de Police vient nous redemander notre carte de presse. Il part avec, et ne revient que 10 minutes plus tard pour nous la rendre, sans aucune explication. Nos confrères du Midi Libre et de La Provence, assis à côté de nous, n’ont pas eu droit à cet examen poussé. Visiblement, un média ouvertement anti-corrida dérange à Nîmes…

8h50 : Devant la salle d’audience, la présence policière est encore très forte. « C’est à titre de prévention, notre présence est plus importante car il s’agit d’un procès très particulier », nous indique l’un des fonctionnaires.

9h00 : Nous croisons Jean-Marc Montegnies, le Président de l’association belge Animaux en Péril, à l’intérieur de la salle. « 10 de nos membres ont sauté dans les arènes à Rodilhan. 4 ont eu leurs plaintes classées sans suite, les 6 autres ont été retenues. Tous sont défendus par Maître Dapsens, avocat de notre association depuis 18 ans. C’est un procès international qui s’annonce très complexe. Il y a 1600 pages au dossier ! », nous déclare-t-il.

rodilhan2016e9h05 : Des aficionados, assis sur le banc des accusés, nous attaquent : « Planète Animaux ce n’est pas des journalistes ! », vocifèrent-ils notamment de façon très agressive.
Assis à côté de nous, un journaliste du quotidien La Provence, grand amateur de corrida, nous dit réprouver la violence « d’un côté comme de l’autre ».

9h10 : L’audience commence. L’affaire est jugée par le Tribunal Correctionnel. Le Président tient à souligner que l’audience « n’a pas vocation à se transformer en tribune ». Sur les 18 aficionados prévenus, 14 sont présents.

9h30 : Le Président énumère la situation des prévenus, un par an. Pratiquement aucun d’entre eux n’a d’antécédents judiciaires, à part une condamnation pour « conduite en état d’ivresse » en 2012 pour Monsieur D. ; 2 condamnations pour « violences » en 2012 pour Monsieur L. ; et 2 condamnations pour « diffamation » et « organisation d’une manifestation non-déclarée » en 2015 pour Jean-Pierre Garrigues (le Président du CRAC Europe, qui est poursuivi pour « manifestation non déclarée »).

10h00 : Maître Phung, l’avocat du CRAC Europe, demande que la circonstance aggravante de « violences en réunion » soit appliquée à l’ensemble des prévenus. « Ces violences ont été commises au même moment, dans le même lieu, avec le même mobile », avance-t-il. Maître Para, l’avocat des aficionados, conteste l’extension de cette circonstance aggravante. « Il y a plusieurs scènes isolées avec des personnes précises », et pas une scène globale, argumente-t-il. En conséquence, l’audience est suspendue pour débattre de cette question.

10h28 : L’audience reprend. « Le tribunal ne se considère pas assez informé pour délibérer à ce sujet, et reviendra sur la question à la fin des débats », annonce le Président.

10h30 : Une vidéo de 20 minutes, montrant les faits survenus dans les arènes, est diffusée dans la salle. Les images sont regardées dans le calme le plus absolu. De nombreux « anti » se montrent choqués. Du côté des prévenus, l’un pleure et peine à regarder l’écran.

Roger Lahana et Jean-Marc Montegnies
Roger Lahana et Jean-Marc Montegnies

10h44 : Une seconde vidéo est diffusée, elle a été fournie par les aficionados. Elle évoque des « violences réciproques » et des « provocations par le langage » de la part des militants anti-corrida. Des statuts Facebook de militants défilent à l’écrant. On peut y lire des propos comme « les afiocs le paieront », « sadiques », « ordures », « fuck corrida », « aficionazis », etc. La vidéo insinue que les anti-corrida sont violents, puis montre des images de militants enchaînés dans des arènes, estampillées Rodilhan 2, mais tournées à Rion-des-Landes en 2013.

10h47 : Maître Phung signale que ces images n’ont pas été filmées à Rodilhan en 2011. « Non, cela n’a pas rien à voir, car ce sont des manifestations du CRAC », rétorque Maître Para.

10h50 : Le Président prend la parole et rappelle le contexte et le déroulement précis des faits. Il indique que 2 prévenus sont décédés depuis les faits (dont celui qui avait arraché son soutien gorge à une femme avant de l’exhiber sur la piste comme un trophée). Il évoque « 2 camps », précise que « 63 plaintes ont été recueillies ». Il énumère les blessures les plus graves : « jet de lance à incendie pratiquement à bout portant dans l’oreille, fractures des côtes ».

11h12 : Le Président indique que les aficionados avaient, juste 3 semaines avant les faits, été « affectés » par la dégradation de la statue du matador Nimeno 2 (qui est située sur le parvis des arènes de Nîmes) par des anti-corrida qui l’avaient recouverte de faux sang.

rodilhan2016f11h15 : Le Président convoque Serge Reder (Maire de Rodilhan) à la barre, car il souhaite l’interroger sur l’aspect technique de l’organisation de l’événement. Il souhaite notamment connaître les mesures d’accès aux arènes, qui s’avèrent n’avoir consisté qu’en la présence d’un seul policier municipal. Par ailleurs, les spectateurs n’étaient pas fouillés à l’entrée. Des mesures trop légères, selon le Président. Serge Reder se défend en disant que « depuis, c’est différent ». Le Président lui demande ensuite sous quel délai il a prévenu les forces de l’ordre de l’incident en cours dans les arènes. Serge Reder affirme « avoir averti les services d’ordre immédiatement » en téléphonant à la gendarmerie. Seuls 3 gendarmes ont été dépêchés sur place. « N’avez-vous pas jugé utile de demander des renforts ? Pourquoi n’avez-vous pas fait une annonce au micro pour demander à tout le monde de se calmer ? », questionne le Président. « J’étais sur la piste, pas dans les tribunes », lui répond Serge Reder.

11h23 : Maître Para souligne que, depuis, ce sont 350 gendarmes déployés dans Rodilhan par corrida, soit « 1 gendarme par manifestant ».

11h27 : Les auditions individuelles des prévenus débutent. Monsieur Gérard A. est le premier appelé à la barre, pour des faits de « violences » et de « vol » d’un sac à main. « On me reproche des faits que j’ai pas fait », argue-t-il. Il finit par concéder avec « sèchement poussé une personne pour la faire sortir ». « Non, vous la poussez dans le sens inverse de la sortie », lui rétorque le Président. L’homme reconnaît ensuite avoir « tiré une femme par les cheveux », et avoir pris le sac à main, mais « pas pour le voler, pour y trouver des papiers d’identité pour aller porter plainte ». « Les aficionados n’ont rien à faire sur la piste, ils n’ont pas de mission de service public, ce n’était pas à vous d’intervenir », lui reproche alors le Président. L’agresseur dit avoir « craqué à force d’être insulté de noms d’oiseaux ».

11h37 : C’est au tour de Christophe A. d’être convoqué pour des faits de « violences ». Sa comparution est expresse, l’homme reconnaît les faits, déclare être banderillero, et indique n’avoir rien à ajouter.

rodilhan2016h11h41 : La parole est donnée à Christophe C à qui des faits de « violences » sont reprochés. Ce dernier indique être ami avec l’un des toreros qui devaient toréer ce jour là. Il nie les violences. Il explique que sa mère et sa soeur sont anti-corrida, et qu’en voyant 2 militantes au milieu du chaos il les à « évacuées » des arènes « pour les protéger ». « Je les ai tirées, pas frappées », affirme-t-il.

11h46 : Le prochain prévenu à passer à la barre est Corentin C. Il est accusé de « violences ». D’un pas assuré, il se présente face aux juges et déclare d’emblée avoir « agit seul », tout en mâchant nonchalamment son chewing-gum. « J’ai saisi une femme par le bras et je l’ai raccompagnée vers la sortie », déclare-t-il. A la fin de son intervention, le Président lève la séance pour laisser aux différentes personnes présentes le temps de se restaurer.

rodilhan2016k11h55 : Planète Animaux aborde dans les couloirs du Palais de Justice le prévenu qui pleurait pendant la diffusion des images vidéos tournées dans les arènes de Rodilhan le 8 octobre 2011. « J’étais effaré en regardant les images. C’était un véritable piège, nous avons été manipulés et pris en otage. On nous a poussé à la violence. Ce crime a été déclenché et les caméras étaient là pour filmer », nous indique-t-il. Quand on lui demande pourquoi il aime la corrida, il nous répond que ce qu’il aime surtout c’est le taureau, et que la corrida « n’est que la fin du voyage, la finalité de l’élevage ». Alors qu’on lui indique qu’on a du mal à comprendre son amour du taureau puisque sa mort ne semble pas l’attrister, il nous répond : « ça fait partie du jeu. Tout commence et tout fini avec le taureau. Les animaux c’est sympa, mais on les mange aussi ».

13h20 : L’audience reprend avec la comparution de Didier D accusé de « violences ». « Je regrette les faits qui me sont reprochés. Ce jour là, à Rodilhan, ce n’est pas moi ». Il explique avoir été insulté et que cela a été « la goutte d’eau qui a fait déborder le vase ». « Je ne peux pas tolérer que ma passion soit critiquée », indique-t-il également.

13h27 : Gérard F. est appelé à parler pour expliquer ses « violences » qu’il dit regretter. Il raconte être entré sur la piste en criant « liberté ». « Un militant m’a dit Fuck You, je ne parle pas anglais mais j’ai compris, j’avais entendu ce mot à la TV par un chanteur qui le disait à une actrice américaine. On ne m’a jamais insulté ainsi », s’agace ce pompier à la retraite qui dit ne pas avoir été violent. Le Président fait alors diffuser un extrait vidéo dans lequel on le voit clairement mettre un coup de pied à un militant.

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Les avocats de la défense

13h42 : C’est à Joel G. de se présenter à la barre pour « violences en réunion ». Alors qu’il a utilisé une lance à incendie pour asperger des anti-corrida, il assure avoir saisi la lance en question uniquement pour « éteindre les fumigènes » lancés sur la piste, puis avoir arrosé des gens pour « calmer tout le monde ». Le Président lui demande si il réalisait les « dégâts » que peut provoquer un « jet d’une telle pression ». L’homme semble gêné. Puis, concernant des coups qui lui sont reprochés, il indique « je discutais avec ce militant et le coup est parti tout seul, mais je n’ai plus frappé personne ensuite ».

13h50 : Marc J. vient s’expliquer pour des faits de « violences en réunion ». « Je regrette, je suis resté les bras croisés les 3/4 du temps », se défend-t-il. Il réfute avoir asséné des coups, mais concède avoir « évacué » une personne en la portant par les jambes.

13h58 : Jacques L. doit répondre, lui aussi, d’accusations de « violences en réunion ». Cet homme au look de cow boy, qui travaille dans l’élevage de taureaux de combat, est visible sur une vidéo projetée dans la salle sur laquelle on le voit asséner un coup de pied à un anti-corrida. « Je reconnais que j’aurais pu éviter ce genre de geste », note-t-il en expliquant avoir « répondu à une insulte ». Le Président lui indique qu’étant kinésithérapeute de profession, il devait savoir quelles blessures il pouvait provoquer en agissant de la sorte. « J’ai été pris au piège de quelque chose qui avait été préparé. Je m’étais levé à 5 heures du matin pour embarquer les taureaux dans le camion, il y a tout un contexte pour expliquer ma réaction. Le piège était malicieusement préparé », se défend-t-il.

rodilhan2016m14h05 : Le nouveau prévenu qui se présente à la barre, Patrick L., dit ne pas comprendre ce qu’il fait là. « Je n’ai frappé personne, j’ai simplement demandé à des gens de sortir », déclare-t-il. Il est pourtant accusé de « violences » qui seraient visibles sur une photographie prise au cours des agressions, selon Maître Ortega.

14h11 : Les faits de violence qui sont reprochés au prévenu suivant, Christophe L., ont été commis sur une militante qui n’est plus en vie aujourd’hui. « Vous avez attrapé sa tête si fort que ses cheveux se sont arrachés, comme le montre la vidéo », lui reproche le Président. L’accusé nie en bloc et dit « ne pas avoir tiré fort ». « Je voulais seulement que la piste se libère pour que le spectacle puisse commencer », dit-il pour justifier ses actes.

14h18 : Régis P. est accusé de « violences ». L’homme explique que l’événement lui tenait à coeur car il s’était occupé, entre autres, de la décoration des arènes. Il nie les faits de violence qui lui sont reprochés et concède juste avoir « tiré une femme dehors ». Le Président lui indique qu’en tant qu’organisateur, il aurait du appeler au calme. « C’est après qu’on a réfléchit », lui répond Régis P. Ce à quoi le Président rétorque : « Il y en a qui réfléchissent et agissent après ».

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Maître Para

14h31 : La comparution suivante est importante. C’est Serge Reder, le maire de Rodilhan, qui est invité à s’expliquer. Il est accusé de « violences en réunion ». « Je conteste tout acte de violence, j’ai juste raccompagné une dame vers la sortie », clame l’élu. « Raccompagner, c’est en attrapant ? », interroge le Président qui s’agace de voir les faits édulcorés. « Obligatoirement, car j’ai affaire à quelqu’un qui ne veut pas sortir », répond le prévenu. Le Président du Tribunal lui rappelle qu’en tant que maire, il aurait du chercher à restaurer le calme, et lui reproche également d’avoir pris des photographies avec son téléphone mobile et de ne pas les avoir remises à la justice. « Aucun intérêt, ce sont des photos banales », dit Reder. Le maire insiste sur le fait d’avoir « reconduit » une femme vers la sortie pour la protéger. « Pourquoi n’en sortir qu’une seule alors ? Et pourquoi n’avoir montré aucune empathie envers la femme déshabillée par des aficionados qui était les seins à l’air au milieu de la piste ? », demande le Président. Par ailleurs, dans une déposition passée versée au dossier, Serge Reder a indiqué avoir « dissuadé les pro-corrida de faire sortir les taureaux du toril », mais aussi « dissuadé les aficionados de tirer les militants avec un tracteur » pour les déloger. « Tous les pro-corrida ont fouillé les poches des militants pour trouver les clés des cadenas », dit-il encore.
Maître Dapsens, l’avocat d’Animaux en Péril, lui demande pourquoi il a appelé la gendarmerie. « Pour les faire sortir », répond le maire. « Donc c’est le rôle de la gendarmerie. Les militants auraient du rester attachés en rond jusqu’à ce que les gendarmes interviennent. Y avait-il une raison impérieuse de les faire sortir avant l’arrivée de la gendarmerie ? », interroge l’avocat. Serge Reder déclare que la situation a dégénéré à cause de la violence verbale des « anti ». Pour se justifier, il critique la tenue vestimentaire de certains. « Quelqu’un de pacifique a plutôt une colombe qu’une tête de mort sur son t-shirt », dit-il, faisant certainement référence à un t-shirt aperçu le 8 octobre 2011.
S’adressant au Procureur de Nîmes, Serge Reder indique en outre que « son village a été agressé et insulté » et se plaint de divers agissements de anti-corrida : « Le standard de la Mairie a du être fermé pendant une semaine à cause des insultes , la standardiste pleurait à cause de ce qu’elle subissait. Les manifestants ont insulté et menacé de mort la population en envahissant le village l’année suivante (…) on se croyait à Guantanamo (…) c’est une machination ! ».

15h02 : Le dernier prévenu, Roger S, est poursuivi pour avoir commis des violences en réunion à l’encontre de 11 personnes. « Je reconnais les faits. Ils m’ont insulté, j’ai pété les plombs », déclare l’utilisateur principal de la lance à incendie du haut de ses 71 ans. « On vous voit distribuer des coups de poing à la cantonade sur la vidéo, heureusement que tout le monde ne pète pas les plombs comme vous », ironise le Président. Roger S. se défend en disant avoir reçu à son domicile « une lettre de menaces de mort signée par le CRAC Europe » dans laquelle on peut lire « CRAC, comme tes os dans pas longtemps ». Les écrans de la salle d’audience diffusent des vidéos des agressions commises par le prévenu. Alors qu’on le voit arroser à bout portant l’une de ses victimes avec le jet de la lance à incendie, les réactions sont diamétralement opposées chez les proches des accusés : certains rigolent, alors que la femme d’un autre prévenu se montre tellement choquée qu’elle détourne les yeux de l’écran en ouvrant la bouche.
Roger S. confirme avoir déclaré que « les manifestants étaient des drogués, payés 150 € pour être figurants » aux forces de l’ordre. Le Procureur de Nîmes lit alors un extrait de la déposition d’un autre prévenu, absent ce jour, qui déclare : « Les anti étaient calmes. Les esprits se sont échauffés à cause des pro-corrida qui avaient fait un bon apéro avant, ce qui explique en partie leurs réactions ». Puis, s’adressant directement à Roger S.,  le procureur lui demande : « Vous, si on vous insulte, vous donnez un coup ? ». L’homme répond : « On m’avait trop insulté » ». Le Procureur déclare douter de ses « regrets ».
Pour défendre l’aficionado, Maître Para souligne que l’homme, âgé de 66 ans au moment des faits, n’avait jamais eu de problèmes de violence auparavant, impliquant ainsi que la violence n’est pas l’un de ses traits de caractère.

rodilhan2016i15h22 : Le Président du Tribunal appelle les manifestants qui se sont portés partie civile à la barre. Ils sont une quarantaine, mais seulement 10 d’entre eux sont présents ce jour. D’une seule voix, tous affirment qu’ils savaient que l’action était illégale et non déclarée, dans le but de « jouer sur l’effet de surprise ». Les militant assurent ne pas avoir insulté les aficionados, et disent qu’ils s’attendaient à « quelques bleus », mais rien de plus. « Si on avait insulté les pro-corrida, on aurait été frappés encore plus fort ! », affirme Roland, l’un d’entre eux. « On nous reproche d’avoir fait des films et des photos mais sans ça on aurait été massacrés », ajoute-t-il, ce qui génère plusieurs désapprobations parmi les proches des prévenus.

15h31 : Une autre victime témoigne. « J’ai pris un coup de tête, j’étais sonné, puis je me suis retrouvé face à 7 hommes qui m’ont asséné des coups de poing, de pieds, de chaîne (…) j’ai fini par lâcher ma caméra par peur pour ma vie ».

15h40 : Une avocate de la défense apostrophe alors Jérôme Lescure au sujet d’ALF et déclare que « ce groupe est qualifié de terroriste ». Puis, l’avocate lui reproche ses liens avec une militante animaliste connue pour ses idées politiques d’extrême droite. « Les anti-corrida sont contre la corrida et pas que contre la corrida », murmure-t-elle. Le Président demande que ce hors sujet s’arrête.
Un autre avocat de la défense interpelle Jérôme Lescure, en sa qualité de co-organisateur de la manifestation. « Vous auriez du dire aux manifestants de se détacher et de fuir quand ça a dérapé », dit-il. Il lui est répondu que cette consigne avait été donnée avant le début de l’action, et que ce sont les militants qui ont décidé de rester.
Maître Para fait remarquer qu’après les incidents de Rodilhan en 2011, « aucun anti-corrida n’a été hospitalisé » alors qu’en comparaison, lors de l’action suivante dans les arènes de Rion-des-Landes, « 8 militants ont fini à l’hôpital ». La différence entre les 2 actions ? A Rodilhan, ce sont les aficionados qui ont évacué les manifestants, alors qu’à Rion-des-Landes, ce sont les CRS qui s’en sont occupé. De quoi prouver que les aficionados ne sont pas aussi violents qu’on veut le faire croire, pour Maître Para. « Le cas le plus sérieux sur les 8 que vous citez était un militant tombé dans le coma, suite à des violences perpétrées par des aficionados et non pas par des CRS », corrige Jérôme Lescure.

16h05 : Un autre avocat de la défense, Maître Laïck, demande alors à Jérôme Lescure si, en réalisant le montage de la vidéo de Rodilhan, il n’en aurait pas modifié la bande son pour en supprimer les injures prononcées par les « anti » à l’égard des « pro ». Des accusations fausses et infondées, d’après le réalisateur. La tension monte, le Président est obligé d’intervenir pour recadrer les débats.

16h16 : Maître Ferri, avocat de la défense, reproche à l’une des victimes de s’être vu octroyer 10 jours d’ITT sur la base d’un certificat médical rédigé par son médecin traitant, alors que la procédure impose de consulter un médecin légiste. « J’aurais aimé y aller, mais je ne pouvais pas me déplacer », répond la femme concernée.

rodilhan2016n17h00 : Après une pause de 30 minutes, l’audience reprend avec la plaidoirie de Maître Phung, l’avocat du CRAC Europe et de plusieurs parties civiles. Pour lui, la corrida est « une culture d’extermination à balayer ». « On interdit dans ce pays aux mineurs d’aller voir certains films interdits aux moins de 18 ans au cinéma, mais on laisse entrer les enfants dans les arènes pour assister à la mise à mort et à l’éviscération d’un animal », déplore-t-il. Concernant les faits, il parle de « violences volontaires » ; et concernant les militants, il parle de « héros » qui « assument ». « En cas de déclaration préalable, ils n’auraient pas pu approcher des arènes », note-t-il, avant de répéter que ses clients « assument », « contrairement aux prévenus ». « Ils auraient pu dire que le CRAC les a trompés, au contraire ils revendiquent leur action. Ils savaient que l’action était illégale, ce qu’ils ne savaient pas, c’est ce qui allait se passer. Pour moi il n’est pas question ici de provocation, mais de militantisme ». Puis, il a de nouveau plaidé longuement en faveur de l’extension à tous les prévenus de la circonstances aggravante de violences « en réunion ». « Il ne s’agit pas de duels d’homme à homme mais d’une action unique commise par un groupe d’hommes envers un autre groupe d’hommes ».
Maître Phung cite également les paroles d’aficionados ayant déshabillé une jeune militante : « Les nichons, les nichons, on veut voir les nichons ! ». Et note également que « tout n’a pas été filmé, certains prévenus ont reconnu des agressions qui n’ont pas été filmées, alors que la défense avance dans l’optique pas vu, pas pris ».

17h49 : Une autre avocate, qui représente certaines parties civiles, indique que les militants sont des personnes « dignes » qui ont fait preuve d’un « calme olympien » et cite un prévenu absent ce jour qui a déclaré « les esprits se sont échauffés à cause des pro-corrida qui ont commencé à donner des coups ».

18h00 : Maître Ortega, qui défend également les parties civiles, martèle que ce procès n’est pas celui de la corrida bien qu’il concerne ce spectacle, et indique avoir lui même assisté une fois à une corrida et avoir alors « décidé de ne plus jamais en voir ». Il dit avoir espéré que ce procès aurait des « vertus curatives » mais déplore l’inverse et, se tournant vers les prévenus, leur indique « avoir une très bonne audition ». « Je vous ai entendu ricaner lorsqu’il a été question d’éviscération », dit-il à l’un d’eux en particulier.
Puis il se fait également l’avocat de l’unification des sanctions sous la coupe de « violences en réunion », arguant que sans cette requalification, certaines victimes ne peuvent pas être reconnues comme telles, puisque leurs agresseurs sont décédés depuis les faits.

18h10 : Maître Dapsens, l’avocat des belges d’Animaux en Péril, critique quant à lui la vidéo diffusée ce matin à 10h44 et parlant de « violences réciproques ». Cette vidéo est « inutile » selon lui, car elle ne parle pas de faits liés à Rodilhan. « Encore une fois, il ne faut pas se tromper de procès. C’est le procès de violences, pas le procès de la corrida », martèle-t-il. « Il ne faut pas minimiser la gravité des faits et il ne faut pas la mesurer au regard du nombre de jours d’ITT », préconise-t-il également. Il poursuit : « Le seul tort des manifestants ? Manifester leurs idées qui sont différentes de celles des aficionados qui ont voulu leur faire du mal et les blesser ». A la fin des heurts, « on entend le micro, qui aurait du être utilisé pour calmer la situation, dire que l’infamie est terminée », ce qui « prouve l’unité d’intention ».
« Il eu suffit d’un geste d’une personne ayant autorité pour que tout se calme, au lieu de cela Monsieur le Maire s’est mis dans la mêlée et a participé activement aux faits. Il aurait pu dire que les manifestants étaient inoffensifs et qu’il fallait attendre les gendarmes (…) je n’ai entendu aucune insulte de la part des anti-corrida, juste leurs slogans habituels ». Enfin, il cite le témoignage d’une militante absente ce jour qui déclare être sujette à de fréquentes crises de panique et à des cauchemars depuis les événements survenus dans les arènes de Rodilhan.

18h50 : L’audience prend fin. Le procès reprendra demain matin à 9 heures.

19h00 : L’un des militants victime se confie à Planète Animaux : « C’est dur d’être en face de ses agresseurs, surtout quand ils mentent : c’est outrancier et insupportable. L’audience s’est révélée plus calme que je ne le pensais. J’ai même parlé avec un aficionado pendant l’une des pauses, cela dit chacun reste sur ses positions. Il m’a justifié sa violence par l’effet de foule.
Il m’est arrivé d’effectuer des actions avec Greenpeace (occupation de stations services et de lieux de stockage d’OGM), les propriétaires des endroits concernés étaient en colère mais jamais ils n’ont levé la main sur nous. Le monde de la corrida est particulier, c’est une mentalité à part. Ce sont des machos, ils nous traitent de « PD » et de « tafioles » tout le temps ».

Retrouvez notre compte-rendu de la 2ème journée d’audiences en cliquant ici

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14 commentaires

  1. Courage et volonté contre lâcheté et cupidité sanguinaire !

  2. L’agresseur dit avoir « craqué à force d’être insulté de noms d’oiseaux ».

    Bah alors mon petit rouge-gorge, t’a craqué ?

  3. LA TORTURE N’EST PAS NOTRE CULTURE !LA PERTE DU SENS DE LA VIE,QUAND ON NE RECONNAIT PAS DANS LA REALITE MEME,LA VALEUR DE L’ANIMAL ,ON ECOUTERA DIFFICILEMENT LES CRIS DE LA NATURE ELLE MEME .TOUT EST LIE .SIL’ETRE HUMAIN SE DECLARE AUTONOME PAR RAPPORT A LA REALITE ET QU’IL SE POSE EN DOMINATEUR ABSOLU ,LA BASE MEME DE SON EXISTENCE S’ECROULE ,PARCE QU’AU LIEU DE REMPLIR SON ROLE DE COLLABORATEUR DE DIEU DANS L’OEUVRE DE LA CREATION ,L’HOMME SE SUBSTITUE A DIEU ET AINSI FINIT PAR PROVOQUER LA REVOLTE DE LA NATURE .

  4. Merci pour ce texte très explicite.

    Courage à toutes les victimes, vous êtes, comme toujours, très courageux. Demain est la fin d’une attente de 4 ans je pense que ce doit être terriblement difficile.
    Avec tout mon soutien.

    Stef

  5. Tout mon soutien. Vous avez beaucoup de courage .merci

  6. Je ne vais pas m’étaler sur les mensonges des Pro-corridas, car je vais foutre le clavier en l’air.

    Je suis très content, par contre, des propos tenus par les avocats qui défendaient les Anti.
    Ils ont tout dit et j’espère que ces paroles resteront dans la tête de tout le monde.

  7. Merci a ces femmes et hommes courageux qui ont démontré que la lacheté était la honte
    du genre humain ,, et l ‘ arme de la cruauté .

  8. Tout notre soutien aux anti-corridas. Il y a longtemps que ce procès aurait dû avoir lieu. Nous espérons que toutes ces personnes agressées obtiendront la réparation qu’il se doit. Ce sont des comportements inacceptables. En tout cas, il est un fait qui saute aux yeux : les anti-corridas sont soutenus de tous côtés, il y a beaucoup d’associations animales, de défenseurs de la causes animale, d’amis, de connaissances en tout genre etc… Et qu’en est-il pour les aficionados qui se croyaient protégés, au-dessus des lois et inattaquables, soi-disant défendus par les politiques de la région, les directeurs d’arènes, les toréros (ou ex-toréros), les éleveurs de toros…? Le monde de la tauromachie est resté bien sagement chez lui, dissimulé aux regards du public ! C’est le courage et la solidarité du monde taurin ! Les aficionados incitent à massacrer de malheureux taureaux, cognent sur des hommes et des femmes et pour se venger exécutent vos chiens et vos chevaux ! Merci de nous faire suivre ce procès en direct qui nous tient à coeur !

  9. Merci pour ce compte-rendu détaillé !

  10. Tout mon soutient et mes meilleurs souhaits aux manifestant victime de la sauvagerie des aficionados

  11. Le procès des niveaux zéro de l’humanité. Vous imaginez, comment ils réagiraient, si y’avait un conflit ou une guerre ? Au 21ème siècle, il ne devrait plus y avoir de tels demeurés.

  12. Bravo pour ce compte-rendu parfaitement exact, complet et honnête. A Rodilhan, on a vu l’affrontement de deux mondes, c’était très instructif finalement. Quelque soit le verdict du procès, les afiocs ont perdu : tout le monde (et même hors région taurine) ce dont ils sont capables et d’ailleurs ils l’ont prouvé à maintes reprises depuis, surtout lorsque les caméras sont détruites par eux ou sont absentes.

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