samedi 25 mars 2017
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Le rapport ambigu des indiens avec les animaux

inde0001Karine est une végane militante pour la cause animale, qui se définit comme une « apprentie sorcière d’un mode de consommation alternatif ». Elle vit actuellement à Bombay, en Inde, ce qui lui a permis de constater une sorte de schizophrénie locale teintée de spécisme, ce qu’elle raconte dans la tribune ci-dessous.

En Inde, les vaches se promènent en toute tranquillité dans les rues, les passants nourrissent les chiens et chats errants, vont contourner un chien qui fait sa sieste sur le trottoir et la cuisine végétarienne est omniprésente. A priori, on pourrait penser qu’il y a un plus grand respect de l’animal en Inde qu’en Occident. Mais à y regarder d’un peu plus près, ce n’est pas si évident.

Un végétarisme religieux plutôt qu’éthique

Tout d’abord, le nombre de végétariens. C’est vrai que l’Inde en compte 40%, à faire pâlir notre ridicule 2% en France. Sauf que ce n’est pas du tout pour des raisons éthiques, mais religieuses, que nombres d’Indiens sont végétariens. Beaucoup d’hindous ne mangent effectivement pas de viande ni de poisson (les « vegs »), certains excluent aussi les œufs (les « pure vegs »), mais si tu leur demandes pourquoi, ça tient souvent de la foi avant toute démarche éthique. Comme un musulman ou un juif qui ne mangerait pas de porc.

C’est pourquoi la majorité des indiens ne comprend absolument pas pourquoi je ne consomme pas de lait pour des raisons éthiques. C’est complètement improbable pour eux. Après tout, le lait est sacré et à la base de la cuisine indienne, à tel point que même les jaïns consomment du lait, eux qui pourtant excluent de leur consommation pommes de terre et oignons (en fait tout aliment plantés dans le sol), pour ne pas risquer de tuer lors de la récolte les insectes qui vivent dans la terre.

On n’aide que les animaux « mignons »

inde0002Ensuite, un truc qui m’a marqué. En arrivant à Bombay, j’ai voulu chercher une asso de protection animale, et je me suis heurtée à un problème inattendu : il n’y a pratiquement que des assos qui viennent en aide aux chiens et chats abandonnés (et effectivement il y en a un paquet dans les rues). C’est très bien que de telles assos existent, bien évidemment, mais on reste dans un rapport spéciste où on ne s’occupe que des animaux «mignons» sans s’interroger du sort des autres espèces. Il n’y a rien qu’à voir le tollé général récemment suscité par le massacre de chiens au Kerala pour la viande. Ce même massacre est perpétué quotidiennement pour des milliards de poissons, moutons ou poulets, mais malheureusement le parallèle n’est pas fait. A part PETA Inde (mais dont l’action reste anecdotique), je n’ai pas encore trouvé d’associations qui prennent la parole pour tous les animaux.

Enfin, la vache sacrée. Nul n’ignore que la vache est sacrée en Inde. A tel point que la consommation de bœuf est interdite dans plusieurs états en Inde. Tous les jours, je vois des vaches déambuler en toute tranquillité dans les rues de Bombay, en maîtresses des lieux autoproclamées. Il n’est d’ailleurs pas rare que ça crée des embouteillages sur plusieurs centaines de mètres car malheur à qui oserait déloger une vache installée en plein milieu de la route.

La « vache sacrée » utilisée pour mendier

inde0003Bref il y a donc une véritable vénération autour de la vache, mais qui tient davantage au symbole qu’elle représente qu’à son statut d’être vivant. Du coup, la vache devient un objet au service de croyances religieuses, ouvrant la porte à de nombreuses formes de maltraitance. Par exemple, tous les matins en allant au travail, je passe devant un grillage où une vache est attachée avec une corde de moins d’un mètre de long, sa propriétaire attendant qu’on lui donne quelques roupies en échange de brins d’herbe pour nourrir la vache. Le but pour celui qui aura le «privilège» de la nourrir ? Améliorer son karma… On attache donc une pauvre bête qui peut à peine bouger, des heures durant en plein cagnard, pour satisfaire des superstitions religieuses. Pas très enviable le sort de la vache sacrée, finalement.

Au final, malgré ce rapport très ambigu et pour le moins paradoxal, je trouve quand même qu’au global, il y a plus de respect pour l’animal en Inde. Même si la raison est religieuse et non éthique, in fine il me semble que les Indiens font preuve d’un peu plus d’empathie et de considération pour les autres êtres vivants (y compris les insectes). Une récente initiative à Goa (état du Sud-Ouest de l’Inde) donne notamment le sourire : un cours intitulé «Kindness to Animals» pour sensibiliser les enfants contre la cruauté envers les animaux.

Si vous aussi, vous êtes allé en Inde, n’hésitez pas à nous faire partager votre expérience dans les commentaires sous cet article.

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un commentaire

  1. Rapport effectivement très ambigu des Indiens avec les animaux ! Les époques évoluent et les mentalités aussi même en Inde et pas toujours dans le bon sens.

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