jeudi 30 mars 2017
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Interview : Keith Scholey, le réalisateur de Grizzly, nous confie les secrets du tournage

keith-scholeyA l’occasion de la Journée Mondiale de l’Environnement ce 5 juin 2015, le film « Grizzly » sort en Blu-Ray, DVD et VàD. Tourné dans de somptueux paysages sauvages en Alaska, le long métrage permet de suivre la première année de vie de deux oursons aux côtés de leur mère, et de montrer que si la nature n’est pas tendre, la plus grande menace pesant sur les ours brun reste l’Homme. Planète Animaux a pu s’entretenir longuement avec Keith Scholey, le réalisateur du film, à propos de la protection des grizzly, mais aussi des conditions de tournage (ses équipes ont en effet vécu au plus près des ours pendant plusieurs semaines). De quoi démontrer que le plantigrade n’est pas le tueur sanguinaire que l’on imagine.

Planète Animaux : Dès le début du film, on est scotché par des scènes d’avalanches très impressionnantes. Comment avez-vous réussi à filmer cela ?
Keith Scholey : C’était tout un tas de d’astuces et de recherches, nous avons passé énormément de temps dans un hélicoptère avec une caméra à longue focale ce qui nous permettait de filmer de façon assez extraordinaire. Nous avons survolé le sommet de la montagne en hélicoptère pour voir la mère et ses petits, nous avons donc pu filmer les ours avec de petites avalanches autour d’eux, puis nous avons fait le plan de cette avalanche qui arrive droit sur la camera, ça a été tourné dans un lieu où il n’y avait pas de vie : c’était une avalanche programmée et déclenchée manuellement, la piste avait été « nettoyée » et préparée, sinon nous n’aurions jamais pu le faire.

grizzly001Nous nous étions déjà parlé en 2012 lors de la sortie de « Félins », vous m’aviez expliqué avoir inventé de nouvelles techniques pour filmer les animaux sauvages de façon immersive (par exemple caméra Cineflex V14 HD pour hélicoptère fixée sur une grue, elle-même fixée à l’arrière d’un pick-up). Avez-vous à nouveau utilisé ces techniques pour Grizzly ?
KS : Oui, nous avons de nouveau utilisé la V14 sur l’hélicoptère pour l’avalanche. Nous avons essayé de filmer ça avec des gens à ski, descendant la montagne, ce fut un échec complet (rires).
Au delà de cela, nous n’avons pas utilisé de nouvellse choses, puisque Grizzly était filmé dans un parc national où vous n’avez pas le droit d’utiliser de machinerie. Tout devait être transporté et fait à pieds. Mais pour filmer des ours, c’était probablement la meilleure chose à faire car vous pouvez vous déplacer autour d’eux sans souci, ils n’ont pas de mauvaise expérience avec des hommes. Nous sommes donc revenu à ce type de réalisation vieille école du documentaire animalier, où nous étions seuls, avec nos caméras, à nous balader dans la forêt.

« L’ourse nous laissait ses petits pour du babysitting »

Dans le making off, on peut constater que vos équipes étaient très près des ours pendant les tournages, parfois à un mètre d’eux à peine. Comment s’est passée cette proximité avec les ours, a-t-elle parfois été dangereuse ?
KS : Si les ours que vous filmez ou voyez ne sont pas chassés, ne vous associent pas avec la nourriture (et les employés du parc national font tout pour que cela ne soit jamais le cas), ces ours vous ignoreront. Il faut tout de même être avec un guide, qui se balade avec une fusée de détresse du même type que celles que l’on trouve dans les bateaux. Ils n’ont pas d’arme et n’utilisent les fusé que pour effrayer. Au cours des 20 dernières années, ils ne s’en sont servit que 4 fois. Les seuls ours qui approchent vraiment sont des jeunes, joueurs, ou des adolescents curieux, mais il n’y a pas d’attaque violente.

Le fait que vous soyez aussi proches des ours ne risquait-il pas de modifier leur comportement ?
KS : Ils vous ignorent vraiment, le seul petit changement de comportement qu’on a pu observer est que la mère, très intelligente, a compris qu’en laissant ses oursons auprès de nous ils avaient moins de risques d’être attaqués. Alors on se retrouvait babysitters d’oursons pendant que la mère allait pécher (rires). C’est une preuve d’intelligence assez importante.

« Ceux qui ont une mauvaise expérience avec un ours ne connaissent rien aux ours »

Le grizzly à une réputation d’ours féroce (c’est d’ailleurs de là qu’il tire son nom latin), alors qu’au vu du déroulement de votre tournage l’espèce semble plutôt pacifique avec les humains. Comment expliquez-vous leur mauvaise réputation ?
KS : Je pense que les gens qui ont une mauvaise expérience avec un ours ne connaissent rien aux ours ! On entend toujours des histoires d’ours abattu car il n’arrêtait pas d’approcher. Un ours passera en continu à côté de vous car c’est un animal très curieux, mais les gens réagissent toujours de façon agressive. De plus si c’est une région où l’ours est chassé, et donc que son expérience avec l’homme est mauvaise, ou bien que vous vous montrez agressif envers lui, il réagira. Il ne faut jamais faire ça. L’autre point crucial est qu’à partir du moment où l’ours pense que vous êtes une source de nourriture, vous avez un problème. Je pense aux personnes qui campent et qui laissent de la nourriture autour de leur campement. L’ours va trouver cela et va vous associer, vous ou vos camps, avec la nourriture. La mauvaise réputation de l’ours est toujours due à une mauvaise compréhension entre l’ours et l’homme, à cause de gens qui ne sont pas assez prudents dans leur façon d’établir une relation. C’est aussi ce que nous voulons faire passer comme message dans le film : traitez les bien, et ils vous traiteront bien.

Character: Sky, Scout & Amber
Character: Sky, Scout & Amber

C’est un peu comme avec les requins, non ?
KS : Absolument, c’est ce qu’on dit toujours dans le milieu des réalisateurs animaliers. Vous pouvez nager partout dans le monde avec des requins, avoir un requin gigantesque à 2 cm de vous, vous n’êtes absolument pas en danger. Et honnêtement vous ne feriez jamais ça avec un lion ou un éléphant (rires).

Pour « Félins », vous tourniez dans la chaleur écrasante des plaines africaines. Pour Grizzly en revanche, vous étiez en Alaska, dans des conditions totalement opposées : reliefs montagneux, et froid. Comment ces différences ont-elles modifié votre façon de travailler ?
KS : La plus grande différence était d’avoir à transporter le matériel à pieds, cela représentait 15 à 20 kilos par personne. Ca a rendu le tournage assez sportif. La seconde est qu’en Alaska, pendant la saison des ours, le souci n’est pas vraiment le froid, mais la pluie, en Alaska vous pouvez avoir une semaine où il pleut sans aucune interruption. Non seulement vous ne pouvez pas filmer, mais vous ne pouvez pas non plu être ravitaillés car la seule source de ravitaillement ce sont les avions qui atterrissent sur la plage, et par grande pluie, ils ne peuvent pas le faire. C’était un vrai challenge !

« Ce sont les ours qui nous ont choisi »

Comment avez-vous sélectionné les ours qui sont les héros de Grizzly ?
KS : Ce sont surtout eux qui nous ont choisi (rires). Lors de la première année du tournage, qui a duré 2 ans, aucune mère n’avait de petit. Mais l’année d’après, il y a eu une sorte de « baby boom », donc nous avons choisis celle qui se laissait le plus facilement approcher. Le gros mâle dominant que l’on appelle Magnus dans le film, est un ours énorme, probablement le plus gros du monde. Nous avons travaillé un peu sur ses empreintes de pas et en avons déduit qu’il devait mesurer environ 4 mètres, ce qui est gigantesque surtout pour un grizzly ! Nous avons ajouté deux loups dans l’histoire, nous ne l’avions pas prévu, et c’est assez étrange parce que peu de loups peuvent tolérer la présence humaine, la plupart fuient lorsqu’ils vous voient. Il faut donc toujours qu’on garde notre script flexible, pour s’adapter à la nature.

Dans le film, l’un des petits, Amber, est presque constamment sur le dos de sa mère. Est-ce un comportement fréquent chez les bébés ours, ou bien est-ce une exception ?
KS : Vous savez, nous avons observé cela sur beaucoup de mères ayant deux petits. L’un est toujours plus proche de sa mère que l’autre, je ne sais pas pourquoi à vrai dire, je ne sais pas non plus si c’est une histoire de genre (mâle ou femelle), mais c’est toujours ce qui se passe.

Avez-vous des animaux de compagnie ?
KS : Oui, j’ai un labrador. Je pense que les animaux sont tous uniques, ils ont tous des personnalités propres, n’importe qui possédant un chien vous le dira, et c’est pareil avec les animaux sauvages, ce sont des individus. Jane Goodall, a toujours dit que son plus grand professeur avait été son chien d’enfance, et suite à cela, elle est allée à contre-courant scientifique pour prouver l’individualité des animaux.

« Je ne comprend pas l’intérêt de la chasse »

grizzly003Le grizzly est une espèce menacée, pourtant les autorités américaines estiment que sa population est « suffisante » et ont entamé des démarches pour autoriser de nouveau sa chasse dans le parc de Yellowstone (où elle était interdite depuis des années). Qu’en pensez-vous ?
KS : Chasser des ours en Amérique du Nord… C’est un pays riche, je ne comprend pas l’intérêt de le faire, ni d’avoir reconstitué ces populations pour les détruire à nouveau. Sauf pour le plaisir de certains… Personnellement je ne comprend pas, connaissant ces animaux et la lutte qui ont du livrer pour vivre, et là un abruti arrive et démoli tout cela en quelques seconde. Pourquoi ? C’est pour moi comme de détruire une oeuvre d’art, quel plaisir pourriez vous avoir à détruire Mona Lisa? Je ne comprend vraiment pas.

A votre avis, le grand public réalise-t-il à quel point les ours sont en danger ? 
KS : Je pense que les ours, en Amérique du nord, sont actuellement assez bien protégés. Il faut être prudent avant de pousser le bouton « en danger », car si on le fait trop, on oublie les espèces comme les tigres par exemple, qui eux sont dans une situation catastrophique, les ours n’en sont pas encore là. La baleine à bosse qui était en danger, sa population s’étant bien étoffée, plusieurs personnes disent qu’elle devrait sortir de la liste des animaux menacés. Mais si on pense à cela, on se dit que la chasse à la baleine pourrait reprendre, alors il faut être prudent avec ce que l’on met dans cette liste et ce qu’on en retire.

Un long métrage sur les singes à venir

Avez-vous des nouvelles des ours stars du film depuis que le tournage est terminé ?
KS : Je suis retourné sur place l’été dernier, avec ma femme. Nous n’avons malheureusement pas revu la mère mais nous avons vu plusieurs autres visages familiers, et les loups sont toujours dans le coin aussi.

Avez-vous d’autres projets animaliers, en cours ou à venir ?
KS : On vient de finir le film « Monkey Kingdom » (ndlr : Le Royaume des Singes), qui va sortir très prochainement aux Etats Unis, puis, quelques mois plus tard, en France.

Découvrez ci-dessous un extrait de Grizzly, qui est dès à présent disponible à la vente aux formats Blu-Ray, DVD et VàD :

Crédit photos : Disneynature

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un commentaire

  1. De belles images !

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