jeudi 30 mars 2017
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Stop Vivisection au Parlement européen : certains pro-vivisection ont comparé la fin des tests sur animaux au rétablissement de la peine de mort !

STOP VIVISECTION_Bruxelles_11-05-2015_18Lundi 11 mai 2015, Planète Animaux était à Bruxelles pour assister (au sein du Parlement européen) à l’audience publique sur l’initiative citoyenne Stop Vivisection. En toile de fond, un enjeu primordial : l’arrêt de l’expérimentation animale dans les pays membres de l’Union. Les débats entre parlementaires et scientifiques ont été très animés, certains partisans de l’expérimentation animale se permettant même de comparer la fin des tests sur les animaux au rétablissement de la peine de mort…

L’audience publique consacrée à Stop Vivisection s’est déroulée de 15h00 à 18h30 au Parlement européen, dans la salle Anna Lindh, qui était pratiquement comble pour l’occasion. Sur place, des traducteurs traduisaient les interventions dans 23 langues simultanément. Parlementaires, scientifiques, dirigeants d’entreprises, grand public et journalistes avaient fait le déplacement, dont Planète Animaux. Il est important de rappeler que si Stop Vivisection a eu l’occasion de bénéficier d’une telle écoute, c’est grâce aux 1.173.131 européens qui ont signé la pétition le demandant.

Des questions éthiques et scientifiques

L’expérimentation animale soulève des questions dans deux domaines : l’éthique et la science. L’éthique, à cause des souffrances infligées aux animaux ; la science, parce que la pertinence des tests sur les animaux (dans le cadre de la santé humaine) est remise en cause par une partie de la communauté scientifique. C’est justement sur ce dernier point qu’ont voulu insister les chercheurs d’Antidote Europe, association française regroupant des scientifiques opposés à l’expérimentation animale.

Claude Reiss
Claude Reiss

« Le patrimoine génétique d’une espèce est unique. Chacune va réagir à une molécule avec ses gênes, une autre réagira avec un patrimoine génétique différent, et donc, d’une façon différente », expose ainsi d’entrée le Dr Claude Reiss (physicien et biologiste cellulaire, fondateur d’Antidote Europe). Suivant l’espèce animale sur laquelle il est testé (et même, dans certains cas, suivant la lignée au sein d’une même espèce), un produit sera déclaré inoffensif ou cancérigène. « Suivant la lignée, on obtient des résultats opposés, ce qui réjouit l’industrie pharmaceutique et fait de l’expérimentation animale un outil précieux pour obtenir des autorisations de mise sur le marché de produits, même dangereux », ajoute-t-il, dénonçant là des intérêts financiers pris au détriment de la santé publique.

Si on continue, 1 femme sur 3 aura le cancer du sein

Avant d’être coupé par Czeslaw Siekierski, le Président de la commission de l’Agriculture et du Développement rural du Parlement européen (qui dirigeait les débats et ne lui avait donné que 5 minutes pour s’exprimer), Claude Reiss indique qu’au cours des 10 dernières années, le taux de prévalence de certaines maladies graves à augmenté. « Entre 2000 et 2009, les cas de maladie d’Alzheimer ont été multipliés par deux, ceux de cancer de la prostate par 5, l’autisme par 50″. « Si on continue, en 2050, 1 femme sur 3 aura le cancer du sein, 1 naissance sur 3 sera autiste, etc. », et ce, parce que la recherche sur les animaux ne permet pas de trouver les remèdes adéquats, s’alarme-t-il.

Alors que le Président Siekierski relève que « la pratique de la vivisection est un compromis qui ne satisfait vraiment personne, mais on ne peut pas faire plaisir à 100% à tout le monde », la parole est donnée à Karl Falkenberg, le Directeur général de DG Environment, qui s’emploie à mettre en avant la « protection » offerte aux animaux de laboratoire par la législation européenne en vigueur, en insistant sur le fait que depuis 2013, « les animaux doivent être traités de la façon la plus respectueuse possible » dans les laboratoires. Des propos qui déclenchent des rires jaunes dans l’auditoire.

Un enfant écoute passionnément les débats

STOP VIVISECTION_Bruxelles_11-05-2015_36Assis dans le public, on remarque avec étonnement un enfant qui écoute avec grand intérêt les débats. Sa mère, Katleen, nous présente la petite Sterre (Etoile, en flamand), 11 ans. « Je n’aime pas les tests sur les animaux. C’est mal, parce que ça les fait souffrir et que ça ne sert à rien », nous dit la petite avec aplomb. « C’est elle qui voulait venir, elle a demandé elle-même au directeur le droit de rater l’école, et elle va faire un exposé sur le sujet. A 11 ans, elle est végétarienne par choix. Je suis végane, mais je n’impose rien à mes enfants et je ne les force pas, je veux qu’ils fassent leurs propres choix », nous confie sa maman.

C’est ensuite Ray Greek, Président d’Americans for Medical Advancement, qui intervient. Cet expert, qui a déjà rédigé une vingtaine de publications remettant en cause le « modèle animal », a très vigoureusement critiqué la « valeur prédictive » des tests réalisés sur les animaux. « Tous les humains ne réagissent pas de la même façon aux maladies et aux médicaments suivant leur sexe ou leur groupe ethnique, on a même récemment découvert que parfois des jumeaux ont des réactions différentes, alors imaginez les différences avec les animaux ». « Environ 100 vaccins contre le SIDA ont donné de bons résultats sur des primates, mais aucun n’a fonctionné sur l’Homme », a-t-il notamment indiqué, avant de donner des exemples pointus et concrets à l’aide de graphiques.

Pourquoi utiliser des médicaments prévus pour les souris sur des humains ?

Des incohérences soulignées également par le Dr André Ménache (zoologiste, chirurgien vétérinaire et directeur d’Antidote Europe). « Je ne testerais pas un vaccin prévu pour les chevaux sur des perroquets, alors pourquoi utiliserait-on des médicaments prévus pour les souris sur des humains ? Actuellement, un nouveau médicament a 0,0004 chances d’aboutir. Est-ce la manière la plus efficace d’utiliser nos ressources et de progresser ? Je ne le pense pas », soulève-t-il.

Outre le panel d’experts, les députés européens qui s’étaient déplacés (et eux seuls) avaient droit à la parole. Sur les 29 qui se sont exprimés, 16 ont soutenu l’ICE (Initiative Citoyenne Européenne) Stop Vivisection, 10 s’y sont clairement opposés (parfois avec des paroles largement discutables, lire plus bas), et 3 ont eu des propos neutres.

Un mal nécessaire ?

STOP VIVISECTION_Bruxelles_11-05-2015_04Les parlementaires opposés à la suppression de l’expérimentation animale se sont majoritairement appuyés sur la phrase « l’utilisation d’animaux vivants demeure nécessaire pour protéger la santé humaine », que l’on peut actuellement lire dans la directive 2010/63 relative à la vivisection (Stop Vivisection demande la suppression de cette phrase).

L’eurodéputée espagnole Clara Aguilera a entamé le bal des contestataires en disant qu’après avoir visité un centre de recherche animale à Grenade, elle conclu qu’un « doute scientifique subsiste » et qu’il n’est « pas possible de remplacer l’expérimentation animale à l’heure actuelle ». Ce sur quoi l’une de ses consœurs espagnole (dont le nom nous a échappé) a renchérit en affirmant « sur la base de son expérience de médecin » que « des méthodes alternatives n’existeront jamais pour certaines maladies, par conséquent l’expérimentation animale est indispensable ».

« Décadent que les initiatives en faveur des animaux soient plus nombreuses que celles contre le malnutrition »

Marc Tarabella (élu du parti Socialiste Belge) s’est quant à lui lancé dans une diatribe aussi honteuse que choquante. « C’est louable de vouloir moins faire souffrir les animaux, mais je trouve décadent que les initiatives en faveur du bien-être des animaux soient plus nombreuses que celles contre le malnutrition dans le monde ! Dire stop à la vivisection maintenant, c’est criminel ! Prendre en compte les souhaits des citoyens d’accord, mais il faut les concilier avec la réalité. Si des millions d’européens demandaient le retour de la peine de mort, ce n’est pas pour autant qu’ils auraient raison, et que les politiques devraient obéir », a-t-il osé déclarer, soutenu par Philippe De Backer, un autre eurodéputé belge : « La démocratie, ce n’est pas la tyrannie d’une majorité ! ».

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Au centre, le Président Siekierski

Alors que l’italienne Elisabetta Gardini a appelé à « dé-passionner le sujet » (sous-entendant là une trop grande sensiblerie de la part des amis des animaux), l’UMP Françoise Grossetête s’est bornée à dire que les lois européennes actuelles permettent « l’équilibre entre bien-être animal et évolution de la science », et qu’elles permettent « que l’Europe reste leader en la matière ». « Si nous sommes trop sévères, ces tests se feront ailleurs, comme en Asie, où les contrôles sont bien moins stricts voire inexistants. Pratiquer l’expérimentation animale, ça ne fait plaisir à personne, pas même aux laboratoires qui sont obligés de l’appliquer, mais on a besoin de la science ». Son intervention a été tellement huée par le public que le Président Siekierski a eu besoin d’appeler au calme.

La fin de la vivisection serait un « désastre »

Citons également la chercheuse Françoise Barré-Sinoussi, qui a reçu en 2008 le Prix Nobel de Médecine et qui s’est farouchement opposée à un arrêt de la vivisection. « De nombreuses maladies sont communes aux Hommes et aux animaux. 99% de la médecine vétérinaire est identique ou très proche de la médecine humaine. Il existe à présent des méthodes d’expérimentation non invasives. De nombreux progrès, enregistrés grâce aux animaux comme le vaccin contre la polio, permettent d’éviter plusieurs millions de décès par an. Nous avons besoin du modèle animal, même si il a ses limites. Nous n’avons pas le choix si nous voulons répondre à certaines questions. Arrêter serait un désastre pour les hommes et les animaux », a-t-elle estimé, ce à quoi Claude Reiss lui a répondu : « Depuis 30 ans, vous travaillez sur la même hypothèse, à savoir qu’on peut combattre le SIDA en étudiant sur des macaques. Mais on n’a trouvé aucun remède contre le SIDA pour l’instant, il faut donc se poser des questions. Le SIV (SIDA du singe) et le HIV (SIDA de l’homme) ne sont pas pareils », soulignant également que « le SIDA est un business de 36 milliards d’euros par an » (ndlr : un traitement par tri-thérapie coûte 1000 euros par personne et par mois en France, et c’est un traitement à vie).

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Stefan Eck

Heureusement, face à tous ces opposants (souvent animés par un conservatisme chevronné), les soutiens à l’ICE ont été nombreux. « 80% des européens n’acceptent pas la vivisection car ils ne supportent pas que 12 millions d’animaux en meurent chaque année en Europe. Un changement de valeurs s’observe, les animaux ne sont plus vus comme des biens utilisables, à notre disposition. Si la Commission se ferme à cette initiative, le fossé entre les politiques et les électeurs va encore s’accroître. Nous avons le devoir de défendre les demandes des citoyens, nous devons, dans nos décisions, tenir compte des animaux qui souffrent, comme nous. Il faut miser sur les alternatives. L’expérimentation animale profite aux gros laboratoires pharmaceutiques, mais ni aux humains, ni aux animaux », a justement résumé l’eurodéputé Stefan Eck (bien connu pour son soutien à la cause animale, il combat aussi la corrida).

95% des médicaments semblant fiables sur les animaux ont de graves effets sur l’Homme

Le député italien Nicola Caputo a ajouté : « Lorsque plus d’un million de personnes se mobilisent et montrent que c’est un thème qui tient à coeur aux citoyens européens pour des raisons éthiques et morales, nous nous devons de les écouter. Il faudrait plus de transparence de la part des firmes, pour que les citoyens sachent ce qui se passe dans les laboratoires ».

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Anja Hazekamp

Anja Hazekamp, élue du parti animaliste néerlandais, a, elle aussi, plaidé pour la transparence. « Ces expériences sont menées incognito, sans que ne le sachent ni l’opinion publique ni les médias. C’est une honte, les animaux ont des émotions comme nous, ils méritent notre respect », a-t-elle soutenu. Keith TAYLOR, eurodéputé écologiste anglais, a révélé avoir personnellement signé la pétition de Stop Vivisection. « 95% des médicaments semblant fiables sur les animaux ne passent pas la phase des essais cliniques, à cause d’importants effets secondaires sur l’Homme », a-t-il tenu a signaler.

Verdict dans 1 mois

A la fin de l’audience publique, après 3h30 de débats, le Président Siekierski a promi un examen sérieux de la question. « Nous devons être conscients des avantages et des avancées possibles en cas de disparition de l’expérimentation animale », a-t-il indiqué. La Commission européenne rendra son verdict concernant la fin de la vivisection dans un mois. D’ici là, il va falloir patienter… et espérer.

Au sortir de la séance, les organisateurs de l’ICE semblent plutôt satisfaits. « Je suis heureuse, beaucoup de parlementaires nous ont soutenu », se réjouit Angela Tandura, la responsable du comité Stop Vivisection France. André Ménache est, lui aussi, optimiste. « Cela s’est bien passé. On a donné des arguments sérieux et scientifiques, ils ont vu que nous ne sommes pas des fous et que nos revendications reposent sur des bases solides ».

Monica Fontana, la porte-parole de LEAL (une association de protection animale italienne), sort, elle aussi, de la salle avec un grand sourire. « Cette audition est un grand pas en avant. J’espère que la Commission prendra la bonne décision, même si on réalise bien que l’arrêt de la vivisection ne peut pas se faire du jour au lendemain : il y a encore beaucoup de portes fermées. On a pu parler des intérêts des firmes pharmaceutiques mais malgré tout ce qui a été dit, beaucoup de parlementaires estiment encore que l’expérimentation animale est nécessaire… J’espère que la Commission écoutera les organisateurs de l’ICE, et qu’il ne faudra pas attendre encore 20 ans pour voir la fin des tests sur les animaux ! ».

Claude Reiss dénonce un examen non équitable

STOP VIVISECTION_Bruxelles_11-05-2015_22Le bilan n’est pas si positif pour Claude Reiss, qui regrette que « beaucoup de parlementaires » aient encore « des œillères » et « ne se rendent pas compte du danger »L’éminent scientifique, qui est également le fondateur d’Antidote Europe, fulmine. « Il aurait déjà fallu qu’on me donne le temps de m’exprimer correctement ! Le temps de parole était à la discrétion du Président Siekierski, qui avantageait les pro-vivisection. Ce n’est pas normal, c’est un scandale ! On a clairement ressenti une hostilité. On devait avoir une audience publique, on a eu un débat contradictoire au cours duquel on n’a pu que très peu s’exprimer. La réglementation de l’ICE a été foulée au pied et dévoyée, ce n’était ni honnête, ni démocratique. Il y avait de plus une première réunion à huit-clos ce matin, mais je n’ai pas été invité. Seuls deux d’entre nous l’ont été… J’ai écrit au Président de la Commission européenne, je ne suis vraiment pas satisfait, ni optimiste concernant la décision à venir », nous a-t-il confié. Reste donc à voir quelle décision prendra finalement la Commission européenne : protégera-t-elle ses citoyens et les animaux, ou les magnats de l’industrie du médicament ?…

Vous pouvez visionner l’intégralité des 03h30 de l’audition publique via ce lien.
Vous pouvez également regarder toutes nos photographies de l’événement en cliquant ici pour ouvrir notre galerie d’images.

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5 commentaires

  1. Les pro-vivisections utilisent des arguments fallacieux. Ils ignorent complètement la souffrance animale et à travers leurs propos, ne pensent qu’à leurs intérêts financiers. Comment parler de respect des animaux en les destinant à des expériences et en les exposant à des souffrances intolérables ? Toutes ces expériences ne servent à rien et doivent cesser. Il vaut mieux s’abstenir de faire des dons à la recherche car on prend part à la vivisection de manière indirecte.

  2. Je vous invite à vous rendre sur monblog.

    Dans 3 chapitres de ce blog ( c’est à dire le conclusion), vous verrez par vous mêmes qu’il y a des signes plus fort que n’importe que homme qui démontrent que nous faisons n’importe quoi avec les animaux. Il faut rendre justice à ses êtres aussi précieux que chaque vie sur terre et qui ne sont pas destines a etre traites ainsi.
    http://connexionextradimensionnelle.blogspot.fr/

  3. D’avoir pu créer cette initiative européenne et avoir été entendu est un progrès…c’est la suite qui en sera donnée qui sera déterminante et c’est là que nous verrons qui a du poids dans les grandes décisions de sociétés ! …et si de telles initiatives sont respectées à la lettre…

  4. En fait, la recherche sur animaux est une recherche POUR la Recherche (la sienne) et non pour l’humanité ! Par ailleurs, l’innovation étant le leitmotiv de la Recherche, cette Recherche sur animaux ne pourra se dérober à l’innovation que représentent les méthodes alternatives et en particulier pour répondre non seulement à l’ICE mais au progrès, les signataires de l’ICE « soufflant » cette impulsion de progrès grâce également, en amont, et hommage leur soit rendu, aux travaux des chercheurs, médecins et spécialistes qui œuvrent pour une recherche alternative. Il est évidemment important de médiatiser cette Recherche alternative afin qu’elle puisse obtenir les fonds nécessaires à son développement et comme l’a souligné Marie Mainville, de cesser de donner à la Recherche actuelle qui ne fait qu’entretenir les expériences sur animaux. Comme l’a très bien exprimé G. Bernard Shaw : « Le progrès est impossible sans changement et ceux qui ne peuvent changer leur esprit ne peuvent absolument rien changer »

  5. Présente à l audition publique ,ils ont parlé des 25 milliards que rapporte l industrie pharmaceutique.le combat va être encore dur et long.il faut sensibiliserles gents beaucoup plus sur les risques sanitaires qu ils encourent car ils ne sont pas moindres….

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