jeudi 30 mars 2017
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Karlos Bueno, Capitaine du Brigitte Bardot (Sea Shepherd), raconte les coulisses de la vie à bord de son bateau

karlos_bardot4Planète Animaux a rencontré le Capitaine Karlos Bueno à bord de son navire, le MV Brigitte Bardot, qui fait partie de la flotte de l’ONG de protection des océans Sea Shepherd. Rencontre sur un navire exceptionnel, avec un homme animé par une solide compassion.

Planète Animaux : Quand avez-vous rejoint Sea Shepherd, et pourquoi ?
Karlos Bueno : Cela fait 5 ans. Avant, je travaillais pour la Sociedad de Salvamento y Seguridad Marítima (la SASEMAR). Un jour où on faisait des exercices avec la Netherland Rescue Society, un collègue m’a demandé si je n’en avais pas marre de sauver des vies. Je lui ai répondu que non, que ce qui me plaisait le plus en mer, c’était de secourir. C’est à ce moment là qu’il m’a parlé de Sea Shepherd, alors quand je suis rentré chez moi, je leur ai envoyé un e-mail et 3 jours plus tard, ils m’ont répondu que je pouvais les rejoindre.

Vous rappelez-vous de votre première rencontre avec Paul Watson ?
KB : C’était il y a 3 ans. J’avais déjà fait auparavant une campagne avec lui en Antarctique, mais nous ne nous étions pas rencontrés car nous étions sur deux navires différents. Je l’ai donc rencontré pour la première fois en face à face dans le Pacifique Sud alors que nous étions au milieu de l’océan. Il a sauté d’un autre bateau sur celui-ci (le Brigitte Bardot) et vu que j’étais le Capitaine et que ce bateau n’est pas grand… (rires)

A combien de missions avez-vous participé sur le Brigitte Bardot ?
KB : Seulement une et demi : la campagne pour les requins dans le Pacifique Sud, et c’est en ce moment que j’effectue ma deuxième campagne sur le Brigitte Bardot. Je n’ai pas pu arriver à temps pour la campagne de Syracuse, j’avais trois jours de retard. Il m’arrive aussi d’être sur un navire de Sea Shepherd hors campagne, comme en ce moment avec la visite des villes européennes.

Pendant ces missions, qu’est ce qui vous a le plus plu ?
KB :  De barrer le navire, car il est très rapide ! J’aime la vie à bord des bateaux, alors pour moi, être dans plein de bateaux différents et expérimenter c’est super ! Sauter d’un navire cargo à un navire rapide puis à un navire de passager cela vous donne beaucoup d’expérience. Je n’avais jamais vraiment manœuvré de bateau aussi rapide, tel que celui-ci, aussi la campagne que j’ai faite dans le Pacifique Sud était vraiment géniale pour cela.

J’ai été mordu par un requin

karlos_bardot2De nombreuses choses ont du vous arriver sur le Brigitte Bardot ?
KB : Oh, pour vous raconter tout cela, je devrais m’asseoir avec vous plusieurs heures, et boire quelques bières (rires). Plus sérieusement, je peux vous citer la fois où j’ai été attaqué par un requin. J’étais sur le Brigitte Bardot, j’ai assez vite décidé de le laisser faire ce qu’il voulait avec moi, afin de ne pas risquer de l’énerver ou de le blesser. Au final, il m’a juste mordu. Autre souvenir, lorsque j’étais sur le Bob Barker en tant qu’officier chargé de la sécurité à bord (lors de la premier campagne en antarctique), j’ai déclenché un feu en mettant un plat à réchauffer au micro onde avec les couverts… en tant que chef de la sécurité, soit la personne en charge d’éteindre les feux à bord, je suis celui qui en déclenche un ! Le comble ! Heureusement je l’ai éteint en quelques secondes. Il s’est passé tellement de choses depuis que j’ai rejoint Sea Shepherd… Ma dernière grande émotion, c’était justement de venir jusqu’à Paris. Il a fallu démonter le mat pour passer sous les ponts, et puis les dimensions du navire ne sont pas adaptées à la Seine. J’ai dû franchir 25 ponts et 13 écluses… Ce n’était vraiment pas facile ! En passant sous le pont de Iena, le dernier avant d’atteindre le point d’amarrage, tout le monde m’a dit : « Karlos, tu ne vas pas y arriver, c’est impossible ». Il y avait tellement de courant que le Brigitte Bardot à commencé à tourner sous le pont, tout le monde a eu très peur, alors j’ai mis pleins gaz et le navire est reparti à toute vitesse ! Dans ce genre de cas, on ferme les yeux, on inspire profondément, on pense à Neptune et on le fait ! Un nouveau record pour Sea Shepherd (rires) !

Vous avez été Premier Officier sur le Bob Barker, avez-vous également navigué sur d’autres navires de la flotte de Sea Shepherd ?
KB : Oui, j’ai été à bord du Steve Irvin, du Bob Barker et du Brigitte Bardot. Tous à vrai dire, sauf le Sam Simon. Mon favori est le Bob Barker : je l’adore, car c’est un navire brave et fort, avec un super équipage. Et puis le Bob reste ma première expérience avec Sea Shepherd.

Un technicien ne cesse de faire des aller-retours dans la salle des machines dont l’entrée se situe derrière nous. Avez-vous des problèmes techniques aujourd’hui ?
KB : Oh, rien de grave. Je suis perfectionniste, alors on profite d’être à l’arrêt pour faire des révisions et des contrôles sur des choses qui ont été réparées en mer et pour lesquelles nous avons un peu plus de temps en ce moment. Sur un bateau, vous avez toujours du travail. Cela ne s’arrête jamais…

Sur un bateau, il y a toujours plein de choses à faire

karlos_bardot3Pouvez-vous nous raconter une journée type sur le Brigitte Bardot ?
KB : Lever à 7h30, puis on fait un briefing avec l’équipage. On décide de ce qu’on va faire ainsi que de la répartition des tâches. On prépare le calendrier en vue des différents passages de techniciens, etc. Puis on fait beaucoup de paperasses, de bricolage et de réparations. Vous savez, sur un bateau, il y a toujours plein de choses à faire, ce n’est pas comme une voiture. Vous avez des réseaux électriques, des dispositifs médicaux et de sécurité… Il faut que tout soit à jour et en état de fonctionnement, et ce n’est pas facile, je passe la plupart de mon temps ici, à mon bureau, à faire de paperasse. Je n’ai malheureusement pas le temps de sortir et d’aller visiter les villes où l’on s’ancre.

Ça, c’est quand vous êtes amarrés. Mais quand vous êtes en mer ?
KB : C’est totalement différent. On fonctionne en 3/8. Toutes les huit heures, j’ai 4 heures de veille sur le pont, puis ensuite je travaille, je fais de la paperasse, des rapports, et surtout, je me repose, puisque toutes les 8 heures je suis de garde.

Le Brigitte Bardot était à Paris en février, où il était ouvert au grand public pour des visites. Y’a-t-il eu du monde ?
KB : Oui, absolument, peut-être même trop (rires). Mais nous sommes vraiment ravis, à part quelques soucis avec la bureaucratie française, nous avons pu sensibiliser plein de gens, la plupart sont vraiment heureux de voir ce que nous faisons. Il y avait une file d’attente extrêmement longue pour monter à bord tous les matins avant 10 heures. Tout le monde nous remercie, et on s’y habitue presque, ce qui n’est pas bon (rires). Certains sont assez timides, alors ils ne disent rien, mais on voit à leur expression faciale qu’ils sont heureux.

J’ai déjà eu le mal de mer, comme tout le monde !

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Quelles sont les prochaines destinations du Brigitte Bardot ?
KB : Actuellement, nous sommes à Hambourg. Nous allons continuer notre tournée des villes européennes, pour récolter des dons. Nous avons une wishlist d’objets et de nourriture dont nous avons besoin sur notre site, ainsi les gens peuvent nous donner des choses qui nous aident pendant les campagnes. Nous avons besoin de ces dons pour pouvoir faire nos campagnes, c’est pourquoi il est très important pour nous de continuer cette tournée à l’heure d’aujourd’hui. Quant aux prochaines opérations auxquelles prendra part le navire, c’est confidentiel, je ne peux pas en parler.

Pour conclure, la question essentielle que tout le monde se pose : avez-vous déjà eu le mal de mer ?
KB : Oh oui. Vous savez, lorsque vous êtes sur terre, vous n’êtes soumis qu’à une dimension, c’est ce à quoi vous êtes habitué, le sol est une dimension. Mais lorsque vous êtes en mer, sur un bateau, c’est deux dimensions, l’eau et le bateau, qui ont deux motions différentes, et chaque bateau en fonction de sa taille et de son poids a une motion différente. Si demain je vais sur un autre bateau, j’aurai du mal. Je ne serai sûrement pas malade, mais j’aurai besoin d’un jour ou deux pour m’adapter aux nouvelles conditions, c’est normal.

Un message pour nos lecteurs ?
KB :  Les gens devraient aller sur notre site pour avoir des informations et éviter de nous confondre avec Green Peace. L’information est la clef du pouvoir, les gens devraient s’informer plus.

Karlos Bueno et notre Rédactrice-en-Chef, à bord du Brigitte Bardot
Karlos Bueno et notre Rédactrice-en-Chef, à bord du Brigitte Bardot

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un commentaire

  1. ça déchire, superbe interview et bravo à vous.

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