lundi 27 mars 2017
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Corrida : Un journaliste tabassé en reportage puis traité de « terroriste » !

Tribune de notre rédactrice-en-chef, Orianne Vatin :

Aujourd’hui, c’est une grave atteinte à la liberté de la presse que j’aimerais dénoncer. Avec Planète Animaux, Nous traitons parfois des sujets sensibles pour lesquels nous réalisons des enquêtes, mais nous n’avions jamais rencontré de souci majeur sur le terrain jusqu’à la semaine dernière, où l’un de mes journalistes a été tabassé…

Mon média traite des droits des animaux et de l’actualité de la protection animale. Dans ce cadre, j’avais envoyé un journaliste à Arles le week-end dernier, pendant la féria, afin qu’il y réalise un reportage sur les manifestations anti-corrida qui y étaient prévues pendant 3 jours. Malheureusement, tout ne s’est pas déroulé comme prévu sur place.Alors que le premier jour, il a couvert deux manifestations sans problème, les choses ont pris une toute autre tournure le lendemain. Dimanche 5 avril au matin, Simon (mon journaliste) a en effet accompagné des manifestants venus lui demander de les suivre sur une « action pacifique ». Ce petit groupe de 7 personnes avait décidé de bloquer la route du camion emmenant les taureaux aux arènes, en s’allongeant sur la chaussée devant celui-ci. Simon est donc allé sur place pour réaliser des photographies du sitting, mais la situation a dégénéré : il a été violemment passé à tabac par des professionnels de la tauromachie qui voulaient l’empêcher de réaliser des images, puis, il a été placé pendant 20 heures en garde à vue après avoir été arrêté par les policiers présents, qui ont laissé partir ses agresseurs sans même contrôler leurs identités !

Témoignage du journaliste agressé

« Je couvrais cette action non violente sur la voie publique à titre professionnel. Je suis resté en arrière. J’ai vu les camions du manadier sortir du corral escortés par une voiture de police. Les militants sont sortis d’un champ et se sont allongés entre la voiture de police et les camions, sur la chaussée. La police a commencé à asperger les manifestants de gaz lacrymogènes. Un policier est venu vers moi et m’a aspergé aussi, je lui ai indiqué que j’étais journaliste et que je prenais des photos pour un média. Il est reparti. A ce moment là, les manadiers et membres du personnel du corral ont commencé à frapper les manifestants, qui ne ripostaient pas. Ils recevaient des coups de poings et de pieds. L’un avait le visage en sang, un autre avait une marque de chaussure sur le visage. Les aficionados ont traîné l’un deux par les deux pieds sur le sol sur plusieurs mètres avant de le jeter dans un petit cours d’eau en contrebas de la route ! Un membre du corral s’est approché de moi et m’a dit qu’il allait me tuer si je continuais à prendre des photographies. Il a insisté pour savoir de quel média je faisais partie. Puis il est revenu en courant avec un autre homme, les deux m’ont sauté dessus. Ils ont arraché mon manteau et m’ont asséné plusieurs coups de poings dans les côtes et au visage. Je leur ai rappelé que j’étais journaliste, ils ont continué à me frapper. Ils m’ont violemment baissé la tête de force pour me voler mon appareil photo que je portais avec un tour de cou. Celui qui avait mon matériel photo s’est enfui avec, et 3 policiers sont venus m’immobiliser, pendant que l’individu fracassait mon appareil photo à plusieurs reprises contre le chaussée, avant de le jeter dans un arbre ! », témoigne Simon, dénonçant là une grave atteinte à la liberté de la presse.

15 minutes plus tard, les camions ont pu repartir, leurs occupants n’étant nullement inquiétés par les forces de l’ordre, alors qu’ils venaient de tabasser 8 personnes sous leurs yeux. Les 8 victimes en revanche, blessées et en état de choc, ont été conduites au poste de police, soit disant pour « pouvoir porter plainte ». Mais une fois arrivés au commissariat, tous ont été placés en garde à vue, y compris notre journaliste !

Le journaliste accusé de ne « pas être journaliste »

Les 7 militants et notre journaliste passeront 20 heures en garde à vue, dans des conditions particulièrement insalubres. Plusieurs chefs d’accusation leur ont été imputés, dont « entrave à la circulation » ; « violation de propriété privée » ; et « mise en danger de la vie d’autrui ». Les médias locaux, et les policiers, ne parlent que de « 8 militants ». Notre journaliste a été assimillé aux manifestants et se retrouve, lui aussi, mis en examen dans cette affaire, au même titre que les autres personnes présentes !

Malgré un droit de réponse envoyé aux médias locaux, malgré les preuves matérielles et les témoignages de ces 8 personnes qui concordent et démontrent que mon journaliste n’a pas participé à l’action militante et qu’il ne se trouvait même pas sur la route mais sur un monticule à proximité de celle-ci, rien ne change. Je dénonce avec force ces accusations que j’estime mensongères, mais je réfute également les propos diffamatoires publiés dans des journaux locaux, dont certains ont l’indécence de prétendre que notre reporter n’est « pas journaliste », au prétexte qu’il ne dispose pas de la carte de presse. « Il n’y avait aucun journaliste professionnel parmi les gardés à vue. Celui qui se présente comme tel n’est pas détenteur d’une carte de presse », écrit notamment La Provence. Pourtant, tout journaliste sait qu’avoir la carte de presse n’est pas nécessaire pour pratiquer le journalisme de façon professionnelle, et que de nombreux journalistes reconnus n’en possèdent pas (comme par exemple Pascale Clark). L’obtention de la carte de presse répond à certains critères qui ne sont actuellement pas tous remplis par Planète Animaux, puisque notre jeune média âgé de moins d’un an n’est pas encore en mesure d’offrir un statut de salarié à ses journalistes. Nos confrères ne peuvent ignorer cet aspect de notre profession et leur mauvaise foi est aussi surprenante que douloureuse pour nous. Réfuter à Simon la qualité de journaliste, et refuser à Planète Animaux son statut de média, est tout simplement incohérent, mensonger, et irrespectueux. De plus, ayant 10 ans de carrière dans le journalisme derrière moi, et ayant déjà été titulaire de la carte de presse, je pense que mon sérieux n’est plus à démontrer (d’autant que je suis depuis peu membre du Syndicat National des Journalistes…).

Les pro-corrida dénoncent un « attentat », une journaliste de Charlie Hebdo indignée

Suite aux incidents survenus à Arles, l’ONCT (Observatoire National des Cultures Taurines) a publié un communiqué, dans lequel il dénonce un « lâche attentat dont les conséquences auraient pu être meurtrières » commis par des « activistes radicaux » et des« extrémistes ». Le monde de la tauromachie assimile donc les manifestants qui s’opposent à la corrida en se couchant pacifiquement sur une route à de dangereux et violents terroristes. Une comparaison dont j’ai parlé à mon amie Luce Lapin, journaliste à Charlie Hebdo, qui était dans les locaux du journal lors de la tristement célèbre tuerie du mois de janvier. Luce ne s’est toujours pas remise de ces événements tragiques qui la hantent au quotidien et se dit scandalisée par les propos tenus par l’ONCT.

« Aux associations de protection animale qui se font parfois traiter de « terroristes », répondez que Luce Lapin, qui était dans les locaux de son journal, Charlie Hebdo, le jour de l’attentat et qui est survivante, se fera un plaisir d’expliquer ce que sont vraiment des… terroristes », avait-elle d’ailleurs déclaré sur les réseaux sociaux le 21 janvier 2015 (par le biais de l’association anti-corrida CRAC Europe, dont elle fut porte-parole).

De graves dérives à dénoncer

Alors, pour résumer : notre journaliste animalier, qui s’était signalé à plusieurs reprises comme tel et ne portait aucune pancarte, ne scandait aucun slogan, a été tabassé alors qu’il réalisait des photographies sur la voie publique ; avant d’être assimilé au groupe de personnes auxquelles il consacrait un reportage et détenu pendant 20 heures en garde à vue à leurs côtés ; et se retrouve désormais poursuivi par la justice au même titre que ces individus. Comment a-t-on pu en arriver là en France ? Faut-il en conclure que, dans une municipalité organisatrice de corridas, les forces de l’ordre peuvent se montrer aussi partiales du fait que leurs membres sont aficionados, et ce, en toute impunité ? Y compris, en entravant et en bafouant la liberté de la presse ?

Si vous souhaitez en savoir plus sur cette affaire, vous pouvez écouter une longue interview audio donnée par le journaliste victime des faits en cliquant ici. Les personnes ayant passé 20 heures en garde à vue n’étaient donc pas « 8 militants », mais « 7 militants et un journaliste ».

Une enquête est en cours. Planète Animaux portera plainte, et a déjà reçu publiquement le soutien de plusieurs personnalités et associations de protection animale (Aymeric Caron, Delphine Wespiser, Animaux en Péril, le CRAC Europe, etc.).

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un commentaire

  1. alors, des suites de la carte mémoire où l’on voit les militants au sol se faire tabasser par les afiocs et conducteur de camion ?

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