jeudi 23 mars 2017
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Témoignage émouvant du sauvetage d’un chat abandonné, qui ne s’est pas déroulé comme prévu

Sylvie a le cœur sur la main. Assistante sociale de profession, son quotidien est centré autour de l’aide de l’autre. Et ce, qu’il soit humain ou animal. Car Sylvie étend sa compassion à tous les êtres, quels qu’ils soient. Récemment, elle a tenté de secourir un chat abandonné. Avec émotion, elle nous raconte ce sauvetage qui s’est dénoué tragiquement, le jour de son anniversaire…

J’ai toujours aimé les chats. Suite à des problèmes de santé et à des difficultés de déplacements (on m’annonçait un passage en fauteuil roulant), j’ai commencé à dire qu’à la retraite j’adopterais un petit minou pour me tenir compagnie. Cette réflexion n’est pas tombée dans l’oreille d’un sourd, et mon compagnon a fait entrer Igor dans notre vie, à l’âge de deux mois. C’était un chaton câlin, espiègle, charmeur et adorable, qui grimpait sur mes genoux pour réclamer des caresses et qui me tétait l’oreille la nuit. Il a vite demandé à sortir mais revenait rapidement lorsqu’on l’appelait.

Très vite, il a été rejoint par une petite copine. Indy était plus sauvage mais savait réclamer des câlins quand elle en avait envie. Elle était magnifique avec son pelage tabby gris et son ventre blanc. Elle sortait, elle aussi, aux abords proches de la maison mais revenait au premier appel. Au moment d’être stérilisée, le vétérinaire a découvert qu’elle avait une grosse infection et il dû l’opérer en pratiquant une ablation des ovaires et de l’utérus. Pauvre minette, à quelques jours près nous aurions pu la perdre !

Igor disparaît

IGOR
IGOR

Un matin de novembre 2014, Igor est parti et n’est jamais revenu. Durant plusieurs jours nous l’avons cherché, mis des annonces sur internet, des petits mots dans les boîtes-aux-lettres, des affiches dans les lieux publics, parcouru le quartier en l’appelant, navigué la nuit avec un sifflet à ultrasons, et espéré encore et encore… Nous avons appelé l’ICAD puisqu’Igor était tatoué, téléphoné dans les cabinets vétérinaires, et à la SPA. Des gens que nous ne connaissions pas nous donnaient des conseils par internet, nous souhaitaient sincèrement de retrouver Igor, nous téléphonaient pour nous dire qu’ils pensaient l’avoir aperçu, partageaient notre avis de recherche via Facebook. Nos amis étaient partie prenante aussi. Bref, une chaîne de solidarité nous a fait chaud au cœur. Même s’il n’est pas revenu à ce jour, il nous reste un petit espoir. Indy miaulait désespérément en l’absence de son copain pourtant castré ; elle tournait dans la maison en reniflant. Nous avons donc pris la décision d’adopter un nouveau compagnon à quatre pattes, et Joker est arrivé. Petit dernier avec un fort caractère, il sautait sur Indy pour jouer avec elle. Joker et Indy avaient trouvé leur petit rythme de croisière et s’entendaient comme larrons en foire !

Mais, un vilain jour de février 2015, Indy est sortie pour elle non plus ne jamais revenir. Joker était trop petit pour l’accompagner dans ses sorties extérieures, heureusement ! Qu’il est difficile de ne pas savoir ce qu’Igor et Indy sont devenus… Notre espérance reste qu’ils aient été recueillis et que, quelque part, quelqu’un s’en occupe et les câline ! Il reste et restera toujours dans notre cœur un morceau de tristesse, de “si j’avais su, je ne les aurais pas laissés sortir”, mais nous voulions qu’ils vivent une vie de chats épanouis pleine de découvertes…

Annonce pour une chatte en détresse

JOKER
JOKER

Un samedi, nous sommes allés sur le site Le Bon Coin et nous avons vu une annonce qui nous a tout de suite fait écho. Une personne avait recueilli une chatte adulte magnifique mais ne pouvait la garder. Habitant un quartier ZUP, il l’avait recueillie de crainte qu’elle ne se fasse écraser alors qu’elle divaguait. Ce jeune homme nous a dit qu’il était ensuite allé frapper à toutes les portes des immeubles voisins pour chercher son propriétaire sans succès. Il ne pouvait pas la garder car il avait deux enfants en bas âge et souhaitait la mettre à l’adoption. Nous avions donc convenu que nous viendrions recueillir cette charmante minette qu’il décrivait comme câline, affectueuse et reconnaissante quand on remplissait sa gamelle ; il commençait lui-même à s’y attacher et l’avait prénommée Lola ! Il nous avait envoyé des photos et, comme les Canadiens, nous étions “tombés en amour” ! Tout à notre joie d’accueillir Lola, nous faisions des projets… Le vendredi matin, la cage de transport était prête, tapissée d’un linge moelleux pour que la demoiselle soit bien installée. Vers midi mon téléphone a sonné ; le jeune homme m’informait qu’il venait de retrouver la propriétaire de Lola, quelle chance pour elle. Bien que triste, j’avais convenu avec lui que c’était une super nouvelle et que l’essentiel pour Lola était d’avoir retrouvé sa famille ! Quelle tristesse aujourd’hui d’avoir pensé cela ! Si j’avais pu prévoir ce qui allait arriver, je serais bien vite partie la chercher, mais… Nous avons à nouveau téléphoné au jeune homme qui nous a expliqué que la propriétaire de Lola s’était absentée quinze jours ; aujourd’hui, avec le recul, je pense qu’elle était partie sans se préoccuper de Lola, sans prévoir par exemple de confier de la nourriture à ses voisins pour elle. On peut dire qu’elle l’avait déjà abandonnée à son triste sort…

Il faut sauver Lola !

Mais depuis qu’elle était rentrée, Lola n’errait plus dehors. Tout semblait bien, dans le meilleur des mondes. Je continuais à penser à elle en me disant “quelle chance elle a eue !”, et mon cœur continuait à saigner en pensant à Igor et Indy ; combien c’était pesant de ne pas savoir ce qu’ils étaient devenus ! Un chat qui disparaît c’est dur, mais deux c’était insupportable ! Que s’était-il passé ? Est-ce que quelqu’un leur avait fait du mal ? Et j’étouffais Joker sous mes caresses en me promettant qu’il serait un chaton d’intérieur !

Une semaine plus tard, je prenais tranquillement mon petit déjeuner quand un SMS est arrivé sur mon portable. C’était le jeune homme qui m’expliquait avoir à nouveau recueilli Lola après être allé voir sa propriétaire. C’était une vieille dame qui s’était montrée agressive en disant que ça commençait à bien faire et qu’elle ne voulait plus de ce chat chez elle. Elle semblait être en difficulté psychologique et parlait fort et presque méchamment aussi bien à son chat qu’au jeune homme.

Bien entendu je n’ai pas hésité une seconde ; nous viendrions “sauver Lola” l’après-midi même ! Le jeune homme m’informait qu’elle ne mangeait pas beaucoup et qu’elle avait vomi un peu à deux reprises. Qu’importe, nous l’emmènerions chez le vétérinaire pour qu’il l’ausculte et fasse un bilan de santé. Elle était peut-être en période de stress mais nous nous sentions prêts à lui donner plein d’amour et à lui offrir une vie paisible.

« C’était un miaulement déchirant »

La rencontre fut fulgurante : un coup de foudre pour ce magnifique animal aux poils longs ! De retour à la maison nous l’avons caressée, ce qu’elle acceptait volontiers. Elle s’est laissé brosser en ronronnant mais impossible de la porter : elle miaulait et soufflait ; elle était aussi plutôt apathique. Elle n’a pas voulu de pâtée mais a bu de l’eau et un peu de lait pour chat. Le soir elle était toujours dans la même position malgré nos sollicitations et nos caresses qu’elle acceptait pourtant volontiers. Elle était magnifique, avec une petite tache de couleur vers le museau, comme une petite mouche de beauté… Le dimanche elle a refusé de boire et à plusieurs reprises a miaulé, mais c’était un miaulement déchirant ; on sentait bien que ce n’était pas la grande forme, nous avons donc pris rendez-vous chez le vétérinaire pour le lundi.

Le lundi en fin d’après-midi, je commence à la trouver froide en lui faisant des papouilles. Avant l’examen médical, nous expliquons la situation au vétérinaire, tout du moins le peu que nous en savons. Première surprise, et de taille : Lola est un mâle castré !!! Aussitôt il est rebaptisé Shiva. Le vétérinaire confirme qu’il s’agit d’un jeune chat, il note “né en 2013”.

SHIVA
SHIVA

Il est en hypothermie et le vétérinaire sent tout de suite à la palpation qu’il a une vessie énorme. Il nous demande si nous l’avons vu aller à la litière, hé bien non, depuis samedi rien, pas de pipi. Le diagnostic tombe : problème urinaire. Le vétérinaire propose une hospitalisation et la pose d’une sonde pour le soulager car il doit souffrir horriblement. Par contre, ce qui est gênant, c’est qu’on ne sait pas depuis quand il n’a pas uriné. Le cœur serré mais plein d’espoir, nous le laissons chez le vétérinaire qui nous rassure en précisant qu’il va s’en occuper tout de suite, l’opérer pour déboucher son urètre et le mettre sous perfusion. Les analyses indiquent des taux incroyablement élevés : supérieur à 300 pour l’urée (au lieu de 85 normalement) et supérieur à 10 pour la créatinine (au lieu de 1,8 pour la norme), ce qui a pour effet d’être en train d’empoisonner Shiva…

Le mardi, le mercredi et le jeudi, nous prenons des nouvelles par téléphone ; Shiva est toujours sous perfusion et semi-comateux ; les taux aux valeurs astronomiques baissent mais lentement. Le vétérinaire ne sait toujours pas si Shiva pourra être sauvé ; il évoque clairement une atteinte possible des reins. Si c’est le cas, il faudra envisager l’euthanasie…

Le vétérinaire n’est guère optimiste

Le vendredi je ne travaille pas et je décide avec une amie de rendre visite à notre petit protégé. Le vétérinaire n’est guère optimiste ; pour lui, les taux auraient dû baisser de manière beaucoup plus rapide. Nous allons caresser Shiva dans sa cage, nous lui demandons de tenir le choc, et nous lui promettons une vie heureuse avec nous. Que c’est difficile de le voir étendu dans cette cage, sondé et perfusé, semi-comateux, alors que nous aurions juste envie de le prendre contre nous et de le câliner… Pourtant l’espoir reste le plus fort ! Demain c’est mon anniversaire, Shiva sera auprès de moi, l’histoire ne peut se terminer que par un sauvetage réussi et une montagne de caresses ! Shiva “le bienfaisant, celui qui porte bonheur” ne peut pas nous laisser là ! Nous avons plein d’amour à lui offrir… Allez, on se donne jusqu’au lendemain ; le vétérinaire espère m’apporter une bonne nouvelle ! On l’appellera le samedi, et dans ma tête j’imagine qu’on viendra chercher celui qui est déjà “notre Shiva” pour le ramener à la maison. Ça y est, on touche au but !!!

Samedi, c’est le grand jour ! On téléphone, mais la nouvelle tombe tel un couperet : Shiva ne peut plus faire pipi seul ; il faut lui comprimer la vessie pour la vider et ça le fait souffrir. Son blocage urinaire a duré beaucoup trop longtemps avant d’être détecté, et les soins sont arrivés trop tard, ses reins sont fichus. Le maintenir en vie serait de l’acharnement. Il est endormi, le vétérinaire propose donc de l’euthanasier ; son cœur s’arrêtera sans qu’il s’en rende compte, il ne souffrira pas. Nous donnons notre accord. Pauvre petit chat ; les larmes coulent. En quelques heures nous nous y étions fortement attachés. Nous demandons s’il est possible de le prendre en photo mais le vétérinaire n’a pas d’appareil ; il propose une empreinte de ses pattes, nous acceptons immédiatement.

Même si le vétérinaire a fait un geste, la note sera salée : 450 € ! Il nous faudra grignoter sur nos dépenses dans les mois à venir, mais nous n’avons aucun regret. Shiva n’a pas fini sa vie abandonné et en souffrant. Nous lui avons “tendu la patte”, nous l’avons entouré, soigné, nous avons fait en sorte qu’il n’ait plus mal ; nous lui avons offert le droit de mourir dans la dignité !

Adieu Shiva, petite étoile qui veille sur nous au paradis des minous…

Texte et photos : Sylvie SERMIER

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4 commentaires

  1. Sylvie, bravo pour ce que tu as fait pour Shiva, ces dernières heures ont été que douceur et amour grâce à toi et ton entourage.
    J’ai pleuré en te lisant, car j’ai et je connais les mêmes sentiments que toi pour la perte d’une petite boule de poils, ma petite chatte Briska a vécu 7 ans près de nous, mais elle a disparu le dimanche 12 janvier 2014. J’ai fait les mêmes recherches et démarches que toi, mais en vain. Et cela est très dur de ne pas savoir.
    Maintenant, un jeune chien échange des câlins et de l’amour avec nous.
    Courage à toutes et à tous qui traversez l’épreuve de la perte de votre fidèle animal.

  2. Bravo Sylvie pour ton texte si émouvant !
    Il résonne comme un écho ….
    Bisous à toi et merci à Planète animaux pour l’avoir publié.

  3. J’en est eu les larmes qu yeux. Heureusement quil reste des gens comme vous pour sauver ces pauvre petites bêtes

  4. Triste mais tellement vrai dans ses émotions où beaucoup d’amis des animaux se reconnaîtront ! Il est remarquable d’accompagner  »un compagnon de vie » jusqu’au moment de son départ et de ne pas le laisser partir seul. Cela ne diminue pas la peine mais il y a toujours quelque part un chat (ou tout autre animal) qui attend une place au sein d’un foyer pour une vie meilleure…

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