samedi 25 mars 2017
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Interview exclusive : Paul Watson, 50 ans de défense des animaux (partie 2/3)

Jerome Veega
Photo : Jerome Veega

PA : Nous avons justement évoqué il y a quelques jours une décision de justice de la Cour Suprême de New York au sujet des droits d’un chimpanzé vivant dans une cage. La cour a statué que l’animal ne pouvait avoir accès au droit humain sous prétexte qu’il n’avait aucun devoir envers l’humanité donc par définition aucun droit. Avez-vous eu vent de cette histoire ?
PW :
Il y a 150 ans, la justice américaine avait refusé à un indien ses droits, sous le motif que « aucun Indien n’a de droits qu’un homme blanc doit respecter ». A la même période, les afro-américains n’avaient pas de droits non plus, ils n’étaient même pas considérés comme des êtres humains… Tout ceci n’est qu’une évolution graduelle. Assez rapide si vous y pensez : l’esclavage a été aboli aux Etats Unis en 1865, les droits civils sont arrivés en 1966… Nous avançons graduellement vers ce genre de choses, c’est pourquoi les mouvements de protection des animaux et de la nature deviennent si importants, cela s’inscrit dans cette logique de droits pour tous. Et je ne pense pas que les droits des animaux soient l’échelon ultime, il y aura ensuite les droits de la planète, les droits pour les rivières, les montagnes, les forêts. Les gens vont être forcés d’accepter et de comprendre cela, puisque nous sommes dépendants de ces autres espèces. Pour en revenir au chimpanzé, dire qu’il n’a pas de droits parce qu’il ne contribue en rien à la société est idiot. Des tueurs en série, des violeurs, des pédophiles ne se voient pas retirer leurs droits, alors que l’on peut se questionner sur leur apport à la société…

PA : On pourrait dire la même chose sur les personnes handicapées…
PW :
Exactement, à vrai dire, cet argument est le même que celui utilisé par les nazis contre les enfants retardés, ils disaient : « Ils ne contribueront en rien à la société, donc ils sont inutiles ».

« J’ai travaillé dans une boutique de fourrure il y a 35 ans »

PA : La façon dont les humains traitent les animaux actuellement est assez similaire à ce que les nazis ont fait à une partie de la population pendant la Seconde Guerre Mondiale, non ?
PW :
Clairement, et les gens s’exclament souvent : « Vous ne pouvez pas comparer les animaux et l’holocauste ! ». Pourquoi pas ? C’est exactement la même mentalité… Il y a 35 ans, j’ai travaillé quelques jours dans la plus grosse boutique de fourrure de Vancouver (Canada). Les clients venaient de partout dans le monde. Mon travail consistait à sortir les fourrures et à les présenter aux clients, j’étais là-bas pour enquêter en vérité, mais je me suis fait virer, même pas pour ce qu’on y faisait vraiment (à savoir prendre d’énormes quantités de vêtements en fourrure et les jeter discrètement dans les poubelles, ce qui était presque du vol) ! Ils m’ont renvoyé parce que je me suis disputé avec plusieurs clients de confession juive en leur disant : « n’avez-vous aucune sympathie pour ces animaux qui sont conduits dans des chambres à gaz ? Pour les SS, c’était la même chose, dans leurs têtes vous n’étiez que des animaux ». Ils ont été horrifiés par mes propos. Et j’ai été viré.

PA : Cet été, plusieurs de vos navires ont été confisqués par les autorités aux Iles Féroé lors de votre mission pour combattre le grind (ndlr : le massacre des dauphins globicéphales). Avez-vous réussi à les récupérer ?
PW :
Nous avons récupéré 3 de nos bateaux. Toutefois, le Spitfire est retenu jusqu’en mars dans le cadre d’un appel, mais je suis assez confiant quant au jugement. Actuellement, les Iles Féroé essayent de faire passer une loi qui interdirait à tout membre de Sea Shepherd d’entrer sur leur territoire. Ils vont devoir mener des interrogatoires sur toute personne entrante, et si ils refusent l’accès à un pays européen à un citoyen européen, cela aura des répercutions sérieuses. Notre position est que la tradition féringienne est illégale, car elle est illégale selon les lois européennes. Les féringiens argumentent qu’ils ne sont pas Européens, mais ils reçoivent des quantités d’argent très importantes de la part de l’Europe à travers les subventions du Danemark, et la NAVI Danoise et la police Danoise interviennent pour les défendre. Le Danemark est donc en violation flagrante de la loi. Si vous acceptez des subventions européennes, vous devez vous plier aux lois et régulations européennes.

PA : Le 2 Décembre 2014, vous avez eu 64 ans. Quel bilan faites-vous de toutes vos années dédiées à la défense des animaux ?
PW :
En 1973, j’étais médecin pour le « American Indian Movement », plus précisément lors de l’incident de Wounded Knee au Colorado (lorsque la tribu des Oglala Lakota a saisi la ville de Wounded Knee pour se rebeller contre le gouvernement des Etats-Unis). Nous étions encerclés par plus de 2000 soldats et le FBI. Ils ont tiré 20.000 balles sur nous, nous étions 300 personnes à l’intérieur, et ce que j’ai appris des Lakota, c’est que, alors que nous étions totalement en infériorité numérique, nous avons tenu 71 jours, plus de deux mois ! Je leur ai dit que nous n’avions aucun espoir de gagner et ils m’ont répondu : « On ne fait pas ce que l’on fait pour gagner ou perdre, ni parce que l’on s’inquiète des conséquences, on le fait parce que c’est la chose juste à faire ». On tient bon, et on tient fermement nos positions, quelles que soient les chances. C’est la philosophie qui a guidé la plupart des militants qui ont participé aux révoltes à cette époque, et la conséquence est que la plupart des tribus militantes ont obtenu des réserves plus grandes que les tribus qui se sont soumises. C’est ma philosophie aussi, nous sommes des écologistes, des militants des droits des animaux parce que c’est la chose juste à faire. Et il faut comprendre que rien n’arrive en un jour. Il nous aura fallu près de 35 ans pour que l’Union européenne bannisse la fourrure de phoque. Les mouvements anti-esclavage ont mis 65 ans (de 1800 à 1865) pour abolir cette horreur. Et il ne faut surtout jamais faire confiance à un gouvernement pour faire de tels changements, ce n’est pas le gouvernement américain qui a aboli l’esclavage. Rien n’est jamais fait par les gouvernements…

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