samedi 25 mars 2017
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Matthieu Ricard au Grand Rex, récit d’un plaidoyer pour l’altruisme

matthieu_ricard_rexMatthieu Ricard donnait une conférence le 14 octobre au Grand Rex à Paris pour parler de l’altruisme, qui est selon lui une nécessité pour trouver le bonheur et assurer le respect de tous les êtres sensibles, y compris les animaux. Planète Animaux était sur place et vous livre son compte-rendu des paroles pleines de sagesse et de bienveillance de celui qui vient de sortir un livre intitulé «Plaidoyer pour l’altruisme, plaidoyer pour les animaux« .

Il est 20h15 lorsque les lumières s’éteignent et que Matthieu Ricard fait son apparition sur scène. La salle du Grand Rex est comble, sur ses trois niveaux (orchestre, mezzanine et balcon). Le moine bouddhiste évoque d’abord sa gêne a avoir vu son visage « affiché sur 3 étages » sur la façade de l’établissement. « Je ne suis qu’un messager, vecteur de sagesses anciennes », annonce-t-il humblement, presque comme s’il s’excusait d’être aussi populaire.

Il s’est dans un premier temps employé, en s’appuyant sur divers chiffres et exemples, à faire comprendre à son auditoire combien les années à venir vont être décisives, et que chacun à un rôle à jouer. « Nous avons le pouvoir d’influencer la vie des générations futures, c’est nouveau dans l’histoire de l’humanité », indique-t-il. Depuis 1950 et la révolution industrielle, nous sommes entrés dans « l’anthropocène », période à partir de laquelle les activités humaines deviennent prépondérantes pour l’avenir de la planète et du vivant, car leur impact dépasse dès lors celui des autres forces qui avaient jusque là prévalu (causes naturelles et géologiques). « Cela nous a pris par surprise », à nous désormais de réagir en conséquence.

1000 espèces disparaissent chaque année

Le soucis, explique Matthieu Ricard, est que l’Homme « peut construire et faire le bien, mais aussi tout détruire ». Il donne en analogie le marteau, qui peut à la fois bâtir et abattre. Autre problème, notre délai de réaction. L’alerte est donné depuis 30 ans, mais malheureusement personne n’écoute. « C’est un peu comme si je vous disais qu’un rhinocéros va entrer en chargeant dans cette salle dans quelques secondes, cela occasionnerait chez vous un certain émoi. Mais si je vous dit que ce rhinocéros n’arrivera que dans 30 ans, vous vous sentirez tout de suite moins concernés », indique-t-il pour faire un parallèle.

Avec sa voix douce, le disciple du dalaï-lama cite ensuite quelques chiffres : 1000 espèces disparaissent chaque année, et à ce rythme, 30 % des espèces auront disparu d’ici 2050. « Cela sera  irréversible », s’inquiète-t-il, tout en se défendant de faire de « l’alarmisme ».

Les conséquences désastreuses de la consommation de viande

matthieu_ricard_grand_rex2Matthieu Ricard, qui est végétarien depuis plus de 40 ans, détaille ensuite les soucis qui découlent du régime alimentaire omnivore. Outre des préoccupations éthiques, la consommation de viande génère des problèmes concrets à l’échelle mondiale. Celle-ci a augmenté de façon « effrénée » au cours des dernières années. Mais il faut 10 kilos de protéines végétales, qui viennent de pays pauvres, pour produire 1 kilo de viande, qui nourrira les pays riches. « 1,4 milliards de personnes pourraient être nourries avec les 775 millions de tonnes de grains utilisées annuellement pour l’élevage destiné à la production de viande », déplore-t-il.

Par ailleurs, de nombreuses études montrent qu’une alimentation carnée favorise l’apparition de certaines maladies. Par exemple, des recherches menées en 2012 sur plus de 100000 personnes ont montré une augmentation de la mortalité cardio-vasculaire de 18% chez les hommes, et 21% chez les femmes (dans le groupe d’omnivores, en comparaison au groupe de végétariens). « Tout le monde y perd, les générations actuelles, les générations à venir, et les animaux, qui sont plus de 1000 milliards à être tués chaque année pour notre usage ».

Des progrès pour les femmes et les enfants, pourquoi pas pour les animaux ?

C’est ensuite une incohérence éthique qui est soulevée. « L’humain a fait beaucoup d’efforts en matière de respect de l’autre […], d’immenses progrès ont été faits pour les droits de la femme et de l’enfant. Pourtant, on peut toujours faire ce qu’on veut des animaux, à part ceux qui ont une valeur marchande », s’étonne Matthieu Ricard, en rappelant qu’il y a 50 ans, on opérait les nourrissons sans anesthésie car on estimait qu’ils ne ressentaient pas la douleur… Notre compassion aurait-elle deux vitesses ?

Drapé dans son kesa rouge, il indique qu’il est bien évidemment difficile d’élever un animal, de s’occuper de lui, puis de l’abattre pour ses chairs. Alors, pour y parvenir, l’homme aurait pris ses distances avec la bête, en usant de divers « préjugés ». C’est ainsi qu’il a été avancé que les animaux nous sont inférieurs, qu’ils ne ressentent pas la douleur, qu’ils ne sont pas dotés d’intelligence, qu’ils ont été « crées pour nous », etc. Des excuses qui sont balayées à l’heure actuelle par les dernières découvertes scientifiques.

Les images tournées par L214 choquent la salle

matthieu_ricard_grand_rex3On passe ensuite aux travaux pratiques. Matthieu Ricard explique qu’il va diffuser des images difficiles, tournées en caméra cachée par L214, et qui montrent les souffrances infligées aux animaux dans les élevages industriels et dans les abattoirs. La diffusion commence. Autour de nous, nous observons de nombreuses personnes se mettre à pleurer, d’autres se cachent les yeux à l’aide de leurs mains, d’autres encore ont la force de regarder mais montrent clairement des expressions de fort dégoût ou de terreur.

Comment expliquer des réactions aussi intenses face à ces images, alors qu’aujourd’hui 60% des émissions de télévision contiennent de la violence ? Peut-être parce qu’il s’agit de fictions, alors que ces images-ci sont bien réelles, avance le conférencier. « Les abattoirs sont aussi gardés que les centrales nucléaires. Aux Etats-Unis, il existe des élevages de poules en batterie qui contiennent 70.000 individus, gérés uniquement par 7 personnes », dénonce-t-il.

L’Homme est bon

Malgré cela, la violence tant a régresser dans la société. « On a observé une réduction de 50% des homicides et des violences physiques ». Assurément, « L’homme n’est pas un loup pour l’Homme », s’entend on dire alors qu’est diffusée une vidéo d’un homme sautant sur les rails du métro juste avant l’arrivée de celui-ci, pour sauver une personne en difficulté. « L’empathie existe », assure Matthieu Ricard sur un ton rassurant.

Plein d’espoir, il ajoute qu’il est essentiel d’étendre l’altruisme à tous les êtres, aux 1,6 millions d’espèces qui vivent sur Terre. Et que cela se fera par le biais d’une transformation individuelle, mais aussi sociétale.

Corrida : « Le taureau n’a pas la même vision de l’art que nous »

matthieu_ricard_grand_rex4Il est 21h30, la conférence touche à sa fin. Le moine se rend alors disponible pour répondre à quelques questions du public. Certaines évoquent des problématiques bouddhistes, d’autres demandent des précisions sur certains aspects de son discours.

Une femme l’interroge sur la corrida. Il répond qu’il trouve cela aussi horrible qu’une pendaison, une mise à mort qui était elle aussi un « spectacle » à une certaine époque. « Certains avanceront que 12000 taureaux par an, ce n’est pas grand chose par rapport aux abattoirs, mais on ne juge pas un acte au nombre de ses victimes, mais à l’acte lui-même ». « Toutes les traditions ne sont pas bonnes », poursuit-il, plaisantant même que le matador ferait mieux de « prendre un bazooka, cela irait plus vite », avant de déplorer que la corrida soit défendue par des arguments trop anthropocentrés : « Est mis en avant ce que nous apporte la fête, mais quel taureau souhaiterait mourir dans son sang pour la beauté de l’art ? Il faut se mettre à la place d’autrui ».

L’horreur des sacrifices d’animaux au Népal

Une autre personne soulève le sujet brûlant des sacrifices d’animaux au Népal, qui coûtent leur vie à des dizaines de milliers de bêtes chaque année pour des motifs religieux. Lors de la grande fête hindoue de Gadhimai qui s’y déroule tous les 5 ans en novembre, entre 300000 et 500000 animaux (coqs, buffles, souris, boucs, pigeons, etc.) sont tués. C’est le plus grand sacrifice d’animaux au monde. Le but est de faire plaisir à la déesse Gadhimai, pour « qu’elle chasse le diable et apporte la prospérité ». « Environ 5 millions de personnes participent au festival, dont la majorité sont des Indiens. Ils assistent à la fête au Népal afin de contourner l’interdiction sur les sacrifices d’animaux dans leur propre État », indique la page Wikipédia de l’événement.

« C’est un excès terrible, indique Matthieu Ricard, ce n’est pas un véritable précepte de l’hindouisme mais plutôt une tradition qui s’est développée dans les croyances populaires. Récemment, un juge népalais a invité à sacrifier un gâteau, plutôt qu’un animal, mais on lui a répondu que le sacrifice d’animaux était une tradition ancestrale… ». Espérons qu’outre des paroles, des actes prendront forme pour faire cesser ces massacres dont les pays occidents ne semblent guère s’émouvoir.

Le moine bouddhiste quitte la scène du Grand Rex sous un tonnerre d’applaudissements.

Brigitte Gothière satisfaite

matthieu_ricard_grand_rex5Brigitte Gothière, co-fondatrice et porte-parole de L214, qui a remarqué que Matthieu Ricard portait des chaussures véganes sous son kesa, est ravie par ce qu’elle vient de voir et d’entendre. « C’est super, la salle était comble. Il sait exactement aller chercher les gens là où ils en sont pour les emmener plus loin, comme il l’a fait en invitant à élargir notre cercle de compassion aux animaux en s’appuyant sur la logique et les acquis moraux », confie-t-elle à Planète Animaux, tout en exprimant son contentement quant à la diffusion des images difficiles tournées par son association : « On a beau décrire les horreurs qui s’y passent, rien n’est plus parlant que de les voir en vidéo« , note-t-elle.

Une partie des bénéfices de la conférence sera d’ailleurs reversée à L214 par Matthieu Ricard, qui participe actuellement avec l’association à une grande campagne nationale de sensibilisation au sort des lapins élevés dans des conditions exécrables pour leur viande.

La conférence de Matthieu Ricard au Grand Rex était organisée par les Rencontres Perspectives, que nous tenons à remercier pour leur chaleureux accueil.

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2 commentaires

  1. En parcourant les différents thèmes abordés, l’humanité a de gros efforts à faire ! Souhaitons que la défense de la cause animale évolue à grands pas !

  2. je suis heureuse malgré toute cette déchéance .je crois vraiment à la prise de conscience de l’homme et qu’un grand virage est entrain de s’amorcer pour un monde sans violence et plus respectueux de l’autre merci pour votre humanisme et votre sagesse

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