lundi 27 mars 2017
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Elevage des 9000 visons à Emagny : les amis des animaux se mobilisent

emagny_2014_01Le samedi 11 octobre, un grand rassemblement était organisé à Besançon par l’Association Combactive, pour continuer à œuvrer pour la fermeture de l’élevage de visons d’Émagny (qui héberge près de 9000 visons alors qu’il est en partie illégal), petit village situé à une vingtaine de kilomètres de la capitale comtoise. Planète Animaux était présent, et partage avec vous cette journée riche en émotions.

Dès la fin de la matinée, le Village Associatif commence à s’installer sur l’Esplanade des Droits de l’Homme, face à la Mairie de Besançon. Les premiers participants et curieux arrivent vers midi et peuvent déguster s’ils le souhaitent un succulent couscous vegan au seitan et sauce cacahuètes, ainsi que des crêpes sucrées cuisinées sans œufs ni lait de vache évidemment. Comme quoi il est possible de se régaler sans souffrance animale… C’est Combactive qui est aux fourneaux, et nous pouvons nous installer confortablement sous un chapiteau équipé de tables et de bancs.

emagny_2014_02Aux environs de 14 h, Fabien Robert, le Président de l’Association Combactive, nous explique le déroulement de la manifestation contre cet “élevage de la honte”, qui est en grande partie illégal, et qui exploite les animaux pour son profit en leur faisant subir un véritable calvaire. L’éleveur est sous le coup de plusieurs procédures judiciaires (exploitation de terrain sans autorisation préfectorale, pollution des sols et des rivières, visons en surnombre, etc…), malgré tout, il continue son activité.

Fabien Robert nous informe que ce jour, à 18 h 15, une délégation composée des représentants de quatre mouvements (Combactive, FBB, Fourrure Torture, SNDA) sera reçue à la Préfecture. Ce sera l’occasion de leur demander pourquoi des autorisations supplémentaires ont été accordées alors que les règles de base n’ont jamais été respectées dans cet élevage, et également de leur demander à avoir une visite express dans l’élevage, dès la semaine prochaine, pour se rendre compte de son état actuel.

Vanessa Myotte, Présidente de l’Association “Cœur sur pattes”, prend la parole pour nous demander du soutien lors de son passage au Tribunal de Montbéliard, prévu le jeudi 16 octobre, pour avoir retiré deux chiennes maltraitées.

emagny_2014_03La chanteuse Kreezy R, venue tout exprès pour cet événement, nous interprète en live “Imposture”, une chanson militante pour la cause animale. Elle nous fait également la primeur d’une nouvelle chanson encore inédite. Elle est là avec son mari, tous deux sont extrêmement motivés par la protection animale, et ils marcheront avec nous à Besançon puis à Emagny.

Puis c’est le début de la Marche dans les principales rues de Besançon, en un cortège composé d’environ 200 personnes venues de différents endroits de France (un car entier est arrivé de Paris + co-voiturages de plusieurs villes), et même de Suisse, mais aussi bien sûr de Besançon et de ses environs.

emagny_2014_04En tête de la Marche, une petite mise en scène : une remorque dans laquelle se trouvent trois pauvres visons poursuivis par un couple de cromagnons vêtus de fourrure… Les visons sont en fait trois militants qui, pour l’occasion, ont eu recours à un “body-painting” très réussi et surprenant ! Vient ensuite le cortège, avec les habituelles bannières et pancartes, les cris et les slogans des manifestants, comme “stop à la fourrure ! stop à la torture !”, “Marche pour l’évolution, l’évolution pour les visons”, “Stop au carnage, videz les cages, fermez l’élevage, l’éleveur dégage”, “Émagny, tu n’auras plus leurs peaux », etc.

emagny_2014_06Un passage mémorable devant une boutique de fourrure, dont le propriétaire est sorti pour s’appuyer contre la pancarte de son magasin, nous faisant face et nous provoquant en nous souriant d’un air narquois, malgré nos cris, nos slogans et nos huées… Une autre boutique de cuir et fourrure un peu plus loin, les propriétaires sont cette fois-ci restées à l’intérieur, mais nous envoient un joli doigt d’honneur, planquées derrière le policier qui protège l’entrée du magasin… Pas très classe !

emagny_2014_07Arrêt devant la Préfecture, l’occasion pour Fabien Robert, de Combactive, de rappeler publiquement l’historique douteux de l’élevage d’Emagny (voir plus bas dans l’article). Puis retour au point de départ, sur l’Esplanade des Droits de l’Homme, avant de démarrer les co-voiturages pour nous rendre sur place devant l’élevage, à Émagny. Afin que chacun puisse trouver son chemin, puisque beaucoup de personnes ne sont pas de la région, le parcours est fléché à chaque intersection, au moyen d’énormes pancartes indiquant “Émagny, l’élevage de la honte ». Un moyen de plus d’attirer l’attention de la population locale qui ne serait pas encore au courant de cette triste affaire…

Arrivés à Émagny, nous nous mettons en cortège silencieusement pour ne surtout pas effrayer les visons. De la même façon qu’il l’a fait lors de notre manifestation de l’année dernière, l’éleveur a barré toute visibilité sur son élevage en positionnant des énormes camions frigorifiques devant son exploitation, et également en cachant toutes les cages avec des tôles.

emagny_2014_08Il y a également un déploiement important des Forces de l’Ordre, une petite cinquantaine de gendarmes qui nous attendent, installés le long de l’élevage, et barrant l’accès à la maison de l’éleveur qui se trouve juste à côté. Ils sont équipés de gilets, de casques, de boucliers, de matraques et autres joyeusetés, bref, tout l’arsenal défensif pour contrer les “dangereux » manifestants que nous sommes. Nous en ririons presque, si nous n’entendions pas, derrière eux, les petits cris poussés par les visons qui nous déchirent le cœur…

Cet instant de sitting en silence est sans aucun doute le moment le plus éprouvant de cette journée. Se trouver devant l’élevage, être tout près des visons, les entendre, savoir que dans quelques jours ou quelques semaines ils vont être tués en étant gazés, connaître leurs conditions de détention en surnombre dans des cages minuscules, et ne rien pouvoir faire… C’est tout simplement insupportable ! D’ailleurs, plusieurs personnes ne peuvent pas retenir leurs larmes…

Avant de repartir, Christophe Marie, de la Fondation Bardot, prend la parole pour rappeler qu’une situation comme celle-ci, c’est-à-dire une personne qui détient des animaux d’une manière totalement illégale, avec des installations qui ne sont pas aux normes, ne serait pas acceptée s’il s’agissait d’un refuge, et que ce refuge serait fermé depuis déjà longtemps.

emagny_2014_09Il fait le constat qu’en France, quand on sauvegarde des animaux, qu’on les recueille, qu’on leur apporte des soins, on doit toujours rendre des comptes aux autorités, ce qui est normal. Mais quand on exploite les animaux, qu’il s’agisse de visons ou de tous les autres animaux pour la consommation, là on peut passer au-dessus des normes sans problème, il y a toujours des tolérances et des personnes pour couvrir ces agissements. Car cet éleveur est dans l’illégalité depuis des années et, malgré tout, rien n’est fait pour l’obliger à se mettre aux normes car il bénéficie de soutiens…

Christophe Marie félicite Combactive pour tout ce qui a été effectué car, au-delà des manifestations, cette association, en lien avec une autre association qui défend l’environnement, fait un travail de terrain remarquable et ne lâche rien. Les efforts combinés de lutter pour une préservation de l’environnement d’une part, et de lutter contre la maltraitance animale d’autre part, ont abouti à des résultats et à des condamnations.

Le représentant de Fourrure-Torture prend également la parole pour saluer le travail de Combactive, et pour réaffirmer son intention de continuer à œuvrer à leurs côtés pour empêcher cet éleveur de continuer son exploitation à Émagny mais aussi d’aller s’installer ailleurs. Fourrure-Torture ne “lâchera pas l’affaire » tant que cet élevage ne sera pas fermé.

emagny_2014_11Pour terminer, Fabien Robert, de Combactive, dit haut et fort que nous, nous sommes dans le respect de la législation, et que nous souhaitons que la Loi soit appliquée. Il ajoute que ce n’est pas à nous de venir ici pour que la Loi soit respectée, mais que c’est aux Forces de l’Ordre de faire respecter la Loi ! Il rappelle que, dans environ un mois, ces visons vont être tués, sauf si la Loi est respectée, auquel cas nous pourrons récupérer les visons. Mais il précise que si la Loi n’est toujours pas respectée, nous pourrons être amenés à envisager d’autres solutions…

Et c’est le cœur bien lourd, et pourtant plein d’espoir, que nous quittons ce triste endroit. Le car retournant à Paris (en desservant quelques villes au passage) repart directement, car la route est longue. Les autres repartent sur Besançon, dans l’attente du rendez-vous à la Préfecture. Et cette journée se termine donc sur l’Esplanade des Droits de l’Homme, en espérant qu’un jour on puisse enfin la nommer “Esplanade des Droits de l’Homme et de l’Animal”.

emagny_2014_12Dernière minute :

Nous avons appris par la FBB qu’une “visite surprise » a eu lieu ce dimanche 12 octobre dans cet “élevage de la honte”… Photos sur leur page Facebook.

Par ailleurs, la FBB a communiqué que “La délégation qui est allée à la Préfecture samedi soir, a reçu l’engagement d’une plus grande fermeté des Services de l’État face aux nombreuses et intolérables irrégularités constatées sur le site d’Emagny ». À suivre, donc…

HISTORIQUE DE L’ELEVAGE D’EMAGNY ET DE SES DÉRIVES :

  • 1985 : L’éleveur effectue une déclaration en vue d’une exploitation de 1.000 visons. Il n’a jamais respecté ce quota et a très vite eu plus de 9.000 bêtes. Il a agrandi son exploitation sur une “zone classée”, c’est-à-dire une zone protégée interdite d’exploitation et de toute construction

  • 2002 : La Préfecture du Doubs est alertée sur les conditions de détention des animaux, et sur le dépassement du nombre de bêtes autorisées. La DDSV effectue une visite sur les lieux et constate l’existence d’une exploitation irrégulière.

  • 2006 : De nouvelles constructions illégales sont constatées. Une nouvelle visite de la DDSV permet de constater l’absence de toute démarche entreprise par l’éleveur. Suite à cela, l’éleveur est mis en demeure par la Préfecture de déposer un dossier de demande d’autorisation dans un délai de six mois.

  • Juillet 2007 : L’éleveur est mis en demeure de consigner la somme de 20.000 € correspondant au montant des travaux de mise en conformité.

  • 2008 : Le Tribunal Administratif de Besançon constate que l’éleveur n’a effectué aucun des travaux demandés, ni consigné la moindre somme. La Préfecture prononce une injonction de faire procéder aux travaux dans un délai de trois mois. Une nouvelle visite de la DDSV permet de constater l’existence de 8.200 animaux en surnuméraire.

  • Juin 2008 : Le Tribunal Administratif de Besançon annule une délibération du Conseil Municipal de la Commune d’Émagny, prévoyant de transformer en zone constructible la zone classée sur laquelle sont édifiées les constructions irrégulières. C’est-à-dire que la Commune essaye de rendre légales toutes les parties de l’élevage qui ne le sont pas… Ce jugement est confirmé par la Cour d’Appel de Nancy en octobre 2009.

  • Juin 2009 : Le Tribunal Administratif de Besançon condamne l’éleveur à verser la somme de 8.000 €, constatant que si certains travaux ont été réalisés, pour le reste l’éleveur s’est contenté de faire des promesses jamais tenues.

  • Juillet 2009 : Un nouvel Arrêté Préfectoral met l’éleveur en demeure de procéder à la mise en œuvre des travaux et mesures conservatoires prescrites en août 2006. L’éleveur dépose enfin une demande de régularisation, mais cette demande porte sur l’autorisation de 11.500 bêtes, ainsi qu’une extension de son installation sur la zone classée, malgré l’interdiction d’y établir toute exploitation.

  • Octobre 2009 : L’un des services environnementaux consulté émet un avis défavorable à ce projet, compte-tenu de cette interdiction.

  • Janvier 2010 : La suspension d’activité est ordonnée concernant les installations sur la zone classée. Des scellés sont apposés sur les cages. L’éleveur retire les scellés la semaine suivante pour y rétablir son élevage.

  • Avril 2010 : Le Tribunal Administratif de Besançon constate que, si l’éleveur s’était précédemment engagé à démonter son site, rien n’a toujours été fait. La Préfecture n’ayant pas non plus fait exécuter ces travaux, l’État est condamné à verser la somme de 26.500 €.

  • Août 2010 : Dans le cadre de la demande de régularisation, une enquête publique est ouverte.

  • Décembre 2010 : L’éleveur est déclaré coupable par le Tribunal Correctionnel de Besançon, pour poursuite de l’exploitation d’une installation classée non conforme à une mise en demeure, et à l’utilisation illégale de sous-produits animaux non destinés à la consommation humaine, car il utilisait les cadavres des visons qu’il dépeçait pour nourrir les autres visons dans les cages. L’éleveur est condamné à une amende de 5.000 €, outre la démolition des ouvrages construits sur la parcelle litigieuse, avec une astreinte de 20 € par jour de retard.

  • Décembre 2010 : Un deuxième jugement correctionnel condamne l’éleveur à une amende de 1.000 € pour les bris des scellés apposés sur 750 cages.

  • Juin 2011 : Un avis défavorable est émis concernant la demande de régularisation de l’éleveur, au constat que ce dernier ne satisfait toujours pas aux normes en vigueur concernant son dispositif d’épandage, car les déjections des visons tombent par terre et polluent les sols et les rivières avoisinantes.

  • Février 2012 : Trois ans après le dépôt de demande de régularisation, un nouvel Arrêté Préfectoral met en demeure l’éleveur de compléter son dossier dans un délai d’un mois sous peine de clôture.

  • Avril 2012 : L’Association Combactive demande expressément au Préfet du Doubs de mettre définitivement fin aux troubles persistants, en prononçant la clôture du dossier et en mettant en œuvre ses pouvoirs de sanctions les plus efficaces. Dans le même temps, il est également demandé à la DDCSPP de mettre en œuvre ses pouvoirs d’enquête, puisqu’elle en a la possibilité sans passer par la Préfecture, pour pouvoir constater les éventuelles irrégularités qu’il pourrait y avoir dans l’élevage.

  • Juillet 2012 : Un recours est formé pour excès de pouvoir contre le refus du Maire d’Émagny de faire procéder d’office au démontage des installations.

  • Août 2012 : Le Préfet prend un Arrêté autorisant l’éleveur à exploiter 5.000 bêtes, en dépit de l’absence de toute visite récente démontrant sa mise en conformité, et nonobstant les réserves de demandes émises par différents services.

  • Janvier 2013 : Les services de gendarmerie constatent que l’élevage n’est toujours pas conforme, et qu’en particulier les cages situées sur la zone classée sont toujours présentes et exploitées.

  • Mars 2013 : Le Préfet prend un Arrêté d’autorisation d’ouverture d’un élevage de 5.000 visons. Ces deux Arrêtés Préfectoraux (août 2012 et mars 2013) font l’objet d’un recours de la part de l’Association Combactive. Ces deux affaires doivent être jugées prochainement.

  • Août 2014 : L’éleveur comparaît à nouveau devant le Tribunal Correctionnel de Besançon pour trois infractions :

  1. Exploitation d’une installation classée, en violation d’une mesure de suspension administrative d’activité

  2. Exploitation d’une installation classée, en violation de trois mises en demeure

  3. Exploitation d’une installation classée, en violation des règles générales et des prescriptions techniques

L’éleveur est condamné à une lourde amende et à six mois de prison avec sursis.

Texte : Fabienne BRAUCHLI
Photographies : Michel POURNY

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un commentaire

  1. Stop à la fourrure et à tous ces types d’ élevage ! Qui a vraiment envie de porter de la vraie fourrure à notre époque avec toute la souffrance que cela occasionne, sauf Madame de … ou une certaine ex-Première Dame ? La fourrure ne rend pas plus belle ! C’est entretenir la barbarie et un commerce honteux. Il existe aujourd’hui de la  »fourrure synthétique » que de grands couturiers sensés et sensibles à la cause animale utilisent dans leurs collections !

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