lundi 27 mars 2017
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Paris : les chèvres de la Porte de Clignancourt sont bien traitées

IMG_3628Un nouveau restaurant au concept novateur a ouvert ses portes à Paris. Appelé La Recyclerie, l’établissement se dit respectueux de la nature et veut fonctionner en autonomie partielle en cultivant lui-même les légumes et plantes servis à ses clients. Mais depuis une dizaine de jours, il est assailli de critiques de la part de défenseurs des animaux, qui lui reprochent d’avoir installé sur ses espaces verts deux chèvres et quelques poules. Un virulent groupe Facebook a même été créé, pour demander à ce que les animaux soient confisqués, tout en affirmant que leurs conditions de vie sur place ne sont pas correctes car les bêtes n’y auraient « aucun espace et presque rien à manger ». Planète Animaux a voulu en savoir plus, aussi, nous nous sommes déplacés à La Recyclerie pour voir de quelle façon y sont réellement traitées chèvres et poulettes.

IMG_3580Lundi 22 septembre, nous nous sommes ainsi présentés à l’improviste à l’accueil du restaurant, et avons sollicité une entrevue avec un responsable, sans préciser le motif de notre venue. C’est Martin Liot, le gérant, qui est venu à notre rencontre. Alors qu’il aurait très bien pu refuser de répondre à nos questions, il nous a ouvert sans détours les portes des lieux, y compris celles des endroits fermés au public.

La Recyclerie est installée dans l’ancienne gare ferroviaire d’Ornano (vieille de près de 150 ans). Dans le bâtiment, se trouvent le restaurant, le bar et les bureaux administratifs. En contrebas, au bord des anciennes voies ferrées, se trouvent un bar extérieur, et de vastes espaces verts où ont élu domicile deux chèvres et une vingtaine de poules (dont un coq).

Réintroduire les animaux en ville

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L’entrée du poulailler

Le parc des chèvres est situé en contrebas de la rue, si bien que les passants peuvent les observer, et les nourrir si elles s’approchent. Ceci n’a pas été décidé dans le but de faire le «buzz », mais plutôt pour «réintroduire les animaux en ville ». «Cela apporte une ouverture vers la nature aux gens et aux enfants, qui n’ont pas l’occasion de voir souvent des animaux en vrai. On ne les utilise pas pour attirer du monde, mais pour faire sauter certaines frontières et habituer les parisiens à la nature », nous explique Martin.

Les deux caprins ont d’ailleurs été «sauvés » : ils proviennent d’une association de protection de la nature (le Fonds de dotation Thoiry-Peaugres Conservation) à laquelle La Recyclerie a fait un don. Actuellement, Rachelle (la brune) et Faustine (la noire et blanche) disposent d’un parc d’environ 400 m², qu’elles partagent avec les poules. Tout comme leur abri : la partie basse est la leur, et l’étage contient le poulailler. Celui-ci a d’ailleurs été construit dans un grand respect de l’environnement (le bois vient de la scierie de Guerville dans les Yvelines, pour favoriser le commerce local et minimiser l’empreinte carbone ; et son toit a été végétalisé).

Les animaux recyclent les restes

IMG_3572Martin nous présente Philippe Peiger, paysagiste expert en agro-écologie urbaine. C’est lui qui a eu l’idée d’installer les animaux sur le site. «Les poules sont nourries avec les restes de la cuisine, sauf la viande. Quant aux chèvres, on leur donne les épluchures qui découlent de la préparation des repas. Ainsi, elles nous aident à réduire nos déchets et vivent bien en mangeant des produits frais », nous indique-t-il.

« Lorsque les clients ont terminé leur repas, un bac est à leur disposition pour qu’ils y déposent les restes de leur plat, à l’exception de la viande. Cette nourriture est ensuite donnée aux poules, au lieu d’aller à la poubelle », renchérit Martin Liot.

IMG_3598Autre avantage de taille : « nos poules et nos chèvres entretiennent le terrain et stabilisent le talus », explique Phillipe.

Outre les épluchures, Rachelle et Faustine, les deux « stars du quartier », mangent aussi la végétation de leur parc, laquelle ne sera pas éternelle, d’autant que l’hiver est proche. « A partir de là, on leur donnera du foin chaque jour en complément », indique Philippe.

Lynchage et harcèlement

Les deux hommes, qui semblent sincères dans leur démarche, ne comprennent pas les critiques dont ils sont l’objet. « C’est un véritable lynchage, c’est très dur pour nous. On est abasourdis par tant de violence. Depuis une semaine, on reçoit des coups de téléphone menaçants, les gens disent qu’on maltraite les animaux, qu’ils vont nous traîner en justice, etc. Pourtant, on fait tout pour leur bien », nous confie le gérant.

C’est vrai que les bêtes semblent choyées : elles sont nourries chaque jour en grande quantité (« on ne leur donne pas toutes nos épluchures sinon elles deviendraient bien trop grosses ») , leurs bacs d’eau, qu’elles partagent avec les poules, étaient remplis d’eau fraîche lors de notre visite imprévue et nous n’avons trouvé aucun détritus dans leur enclos (« on nettoie quotidiennement pour qu’elles n’aient pas à cohabiter avec les saletés que certains pourraient leur jeter »).

« Tout est en règle »

Le maquis de Montmartre
Le maquis de Montmartre

La colère de certains défenseurs des animaux a même provoqué la venue d’inspecteurs. « Les services de la DDSV sont venus nous contrôler suite à une dénonciation », déplore Martin. « Ils ont pu constater que tout est en règle, les animaux sont pucés et suivis par des vétérinaires spécialisés ».

A l’inverse, des témoignages plus positifs arrivent par dizaines chaque semaine. Martin Liot se souvient en particulier de celui d’une vieille dame, âgée de 80 ans, qui s’est mise à pleurer à la vue de Faustine et Rachelle. Née dans le quartier, qui était autrefois le maquis de Montmartre, elle y a vu des chèvres enfant lorsque l’endroit était encore relativement champêtre.

Autre baume au cœur : les poules qui, installées depuis un mois, ont commencé à pondre il y a une semaine. « Cela prouve qu’elles se sentent bien ici », se réjouit-il.

Quelle sécurité ?

Au niveau de la sécurité, tout semble également avoir été réfléchi. La disposition des lieux fait que les clients de l’établissement ne peuvent pas avoir de contacts physiques avec les animaux, ils peuvent en revanche les observer. Quant aux passants, ils ne peuvent toucher ou nourrir les chèvres que si celles-ci montent sur des plots en béton afin d’être au niveau de la rue. « Elles sont tout le temps sur les plots à demander des caresses », ce que l’on peut constater de nos propres yeux.

Une passante nourrit les chèvres
Une passante nourrit les chèvres

Une inquiétude demeure néanmoins : comment être sûr qu’une personne malveillante ne pourrait pas les blesser à travers la grille, ou bien les empoisonner en leur donnant des aliments nocifs ? On sent qu’on touche là un point sensible. Martin ne cache pas son indécision sur la question. « Les gens sont raisonnables, ils leurs donnent surtout du pain et des carottes, ce qui n’est pas mauvais pour elles », affirme-t-il.

Pour lui, installer un grillage serait dommage car cela couperait les chèvres de tout lien avec les passants, elles qui « adorent les caresses » et « reconnaissent ceux qui viennent souvent les voir ou les nourrir ». Déclarant ne pas vouloir être « dirigé par la peur », Martin estime qu’il serait regrettable de devoir empêcher ses protégées d’avoir ces échanges au quotidien. « Si on craint des dangers potentiels du à d’hypothétiques mauvaises personnes, alors on ne sort plus de chez soit ! », analyse-t-il.

On le sent malgré tout préoccupé. D’ailleurs, 2 jours après notre visite, il nous recontactera pour nous annoncer avoir décidé, « après réflexion », de faire installer « une barrière de protection visuelle pour les chèvres afin de les protéger des voitures et gaz d’échappement ».

Des insectes dans les assiettes

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Cliquez sur l’image pour l’agrandir

La Recyclerie fourmille de projets, et a vocation de devenir, à terme, une « ferme écologique » (voir infographie ci-dessus). D’ici quelques semaines, l’espace dédié aux animaux sera doublé pour atteindre près de 1000 m² (sans que le nombre de bêtes sur place ne soit augmenté) grâce à une nouvelle parcelle, qui sera reliée à la précédente par une passerelle.

Martin Liot montre la future parcelle des chèvres
Martin Liot montre la future parcelle des chèvres

D’autres aménagements seront faits : une grande serre sera installée sur les quais de l’ancienne gare. Elle contiendra, outre une salle de restaurant, un système d’aquaponie (culture de végétaux en symbiose avec des poissons, les déjections des poissons servant d’engrais), un mur de culture de légumes à la verticale « pour que les gens voient et connaissent mieux ce qu’ils mangent ». Des carrés potagers seront installés pour que des particuliers puissent venir jardiner (sans pesticides, bien entendu) ; des arbres fruitiers seront plantés ; 4 ruches seront installées sur le toit (végétalisé) de la gare et une nouvelle parcelle, interdite au public, sera dédiée à la production de légumes « maison » afin de préparer les plats du jour. Surtout, début 2015, sera lancé un élevage d’insectes comestibles afin de proposer des plats où ceux-ci remplacent la viande. Une belle idée lorsque l’on sait à quel point la consommation d’insectes en lieu et place des poulets, bœufs, etc., est bénéfique (autant pour éviter la souffrance animale que pour préserver notre planète de la pollution).

Le toit végétalisé
Le toit végétalisé

Nous terminons notre visite par la découverte du toit, improbable jardin perché au-dessus d’un Paris agité. Celui-ci n’est pas visible depuis la rue, ni depuis l’établissement. « C’est quelque chose que j’ai fait par éthique. On a du faire venir plusieurs tonnes de terre pour l’aménager. Le mettre en place est pour moi une façon d’offrir quelque chose à la nature, de lui rendre ce que je lui emprunte », conclu Martin, visiblement passionné par son projet.

En repartant, on passe voir les chèvres depuis la rue. L’œil vif et le poil luisant, elles semblent en excellente santé. Une dame avec un chien en laisse est en train de leur donner quelques morceaux de pain. Alors qu’on lui demande ce qu’elle pense de la présence des deux caprins en plein Paris, elle répond spontanément en être enchantée, que cela fait « respirer » le quartier, et que sa petite fille fut « émerveillée » en les voyant.

Pour sûr, Rachelle et Faustine ont leur fan club dans les environs ! Et vous, qu’en pensez-vous ?

 

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7 commentaires

  1. Suite à la visite effectuée par  »Planète Animaux », ces animaux vivent apparemment dans des conditions favorables. C’est certain qu’à Paris, on ne peut pas leur offrir un vaste pâturage. Mais tout est conçu dans le respect et le bien-être des animaux. Le gérant a entièrement raison d’installer un système de vidéo pour la protection et la sécurité de tous. Au lieu de chercher des problèmes à  »La Recyclerie, on devrait plutôt pointer du doigt la Fête de l’Aid-el-Khébir du 03 au 05 octobre 2014. Des milliers de chèvres et de moutons vont souffrir le martyr, égorgés dans des conditions épouvantables, entassés dans des coffres de voiture, enfermés dans des garages ou sur des balcons, sur le territoire français et en toute illégalité.Et là personne n’intervient et ne trouve à redire ni sur les réseaux ou dans les villes…!

    • Tout à fait d’accord avec vous. Les animaux doivent ici être protégés contre la connerie de certains individus jaloux, malveillants voir désireux de les consommer. La sécurité des animaux est indispensables pour que la mission visée par le propriétaire soit favorable aux animaux en général. Il est urgent de reconnecter l’espèce humaine avec les autres espèces animales dont il fait partie.
      Et oui aussi, il y a urgence à rappeler la barbarie de traditions archaïques qui, sous couvert d’une religion, autorise le massacre et la cruauté à sévir dans un pays dit civilisé. Stop à la régression de la conscience !
      Et tous à Paris avec FUDA ce jour

  2. Riverain de ce lieu je le vois au quotidien. je tiens quand même à signaler que les passants pissent la nuit et jettent des déchets à travers les grilles dans l’enclos des animaux. et comme on le sait ces animaux mangent tout. aussi beaucoup de soulards et gens pas respectueux effrayent les bêtes la nuit. il est urgent de mettre une séparation de la rue. merci.

    • ça ne m’étonne pas,les crétins et les jaloux ne sont pas en voie d’extinction . Un écran anti con semble indispensable pour protéger les protégés de ces sympathiques inventifs.
      Je vais faire le voyage pour leur apporter ma clientèle et faire de la pub .

    • Si vous relisez l’article, apparemment, ils vont mettre une protection en plus. Ce que vous dites ne m’étonne pas du tout!

  3. J ai des chèvres…. Le pain est déconseillé car elles n ont pas les enzymes pr assimiler l amidon… Une croûte de temps en temps ok, mais avec les kilos de pain dur que les passants vont leur jeter, je ne donne pas cher de leur santé.
    Je suis étonnée que le vétérinaire « spécialisé  » n ait pas spécifié cela…
    Spécialisé dans l élevage? Donc uniquement veiller à la santé à court terme..?
    Sceptique.

  4. Pour le moment, tout ce petit monde a 400m², ce qui n’est pas mal mais ça va augmenter à 1.000m² ce qui sera encore mieux. Je trouve cette initiative très bien!! Quand on sait que beaucoup d’enfants des villes ne savent même pas que le lait vient de la vache ou d’où viennent les produits laitiers.
    En tout cas, avec 20 poules, c’est le coq qui doit être heureux! 😉

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