samedi 25 mars 2017
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Tribune : « Pourquoi moi, simple humaine, j’ai choisi de devenir végétalienne »

michele_fuda_chevalMichèle se définit comme ayant longtemps été une « consommatrice ordinaire, amoureuse des animaux mais baignant dans le doux déni de l’omnivorie insouciante », comme elle aime à le dire. Un jour le hasard l’a amenée à reconsidérer cette insouciance. La prise de conscience a été dure, mais depuis elle est devenue vice-présidente du Mouvement FUDA (Forces Unies pour les Droits des Animaux) qui organise d’ailleurs le 27 septembre à Paris la grande (R)évolution des Objets (pour demander une évolution significative du statut juridique de l’animal). Elle partage avec nous ici ses découvertes effectuées dans les coulisses de l’industrie de la viande et des produits animaliers (lait, etc.) ; et montre comment ces faits l’ont poussée à modifier sa façon de se nourrir, dans un souci de respect des animaux. «Devenir végétalien, dit-elle, c’est simplement mettre nos actes en cohérence avec nos pensées. Et en prime, avec notre physiologie ! ».

Moi simple humaine, j’ai mangé de la viande, du fromage, des œufs, et bu du lait pendant la majeure partie de ma vie. Moi simple humaine, j’ai pendant le même temps soigné mes chiens, mes chats, mon cheval avec tendresse et attention, car j’aime les animaux.

Moi simple humaine, je n’ai jamais pensé à remettre en question la norme alimentaire en vigueur autour de moi, norme employée par ma famille, mes amis, la société entière à laquelle j’appartiens.

Moi simple humaine, j’ai croisé un jour par hasard le regard d’un veau apeuré, brutalisé par un homme au visage grimaçant énervé par ses résistances ; l’homme prétendait l’attacher très court à un poteau ; ceci fait, il a brûlé la naissance de ses cornes au fer rouge ; j’ai vu les soubresauts du petit corps se tordant d’effroi et de souffrance.

veau écornageÇa a tordu mon coeur de simple humaine ; j’ai continué à ne rien changer à ma vie. Puis j’ai un autre jour reçu en pleine figure l’image d’un poussin au bec sectionné presque à raz, clignant des yeux de douleur, muet, impuissant, mutilé. J’ai commencé à me sentir honteuse.

Cette honte s’est aggravée quand j’ai vu des employés indifférents empoigner à la chaîne des petits cochons roses, vulnérables, innocents, et leur couper successivement en quelques secondes la queue au sécateur, les canines à la tenaille, fendre leur tendre peau au cutter pour leur arracher les testicules puis les reposer dans leur caisse hurlants et terrifiés.

Le jambon m’a soudain paru bien sanglant malgré sa douce couleur… Moi simple humaine, incapable d’affronter des choses aussi impensables, je me suis réfugiée tout d’abord dans l’idée qu’elles n’existaient pas. Qu’elles n’existaient pas vraiment, je veux dire. Qu’elles n’étaient pas habituelles. Il ne pouvait pas me venir à l’esprit qu’une société toute entière puisse fermer les yeux sur des pratiques aussi barbares, ni qu’elle puisse les cautionner; il devait bien y avoir quelque part des gens qui s’emploient à ce qu’elles n’existent pas…

Papa, ne m’avais-tu pas dit que les animaux ne souffraient pas, qu’ils étaient bien traités… Maman, je revois ton visage quand tu posais une délicieuse blanquette de veau sur la table, tu étais si fière de toi, tu attendais les compliments, ce n’est pas possible que cette chaude ambiance familiale ait pu procéder de tant de douleurs? J’ai eu besoin d’en avoir le coeur net. J’ai pris de mon temps, j’ai cherché, des vidéos, des articles, des livres…

Poussin au bec sectionnéChemin faisant j’ai rencontré d’autres personnes qui s’étaient posé les mêmes questions, qui avaient fait les mêmes recherches, qui avaient trouvé des réponses. Même les sites officiels de l’agriculture française révèlent (avouent?) que désormais dans notre pays, l’élevage est pour sa majeure partie aux mains des industriels.

Dans l’élevage industriel les animaux n’ont pas de nom; ils ne s’ébattent plus au grand air; ils sont entassés, contraints, enfermés, inséminés jusqu’à leur dernier souffle qui est sans doute une délivrance.

Pour la majeure partie d’entre eux les derniers pas, ceux qui les emmènent vers la mort, gravissant avec peine le pont d’un camion sont en fait aussi les premiers hors de leur prison. Qu’il s’agisse des bébés dont nous nous nourrissons, veaux de trois mois anémiés volontairement pour que leur chair soit plus rose, oiseaux de 15 semaines, cochons de six mois (à quoi servirait de les laisser vieillir, ils ont atteint en temps record leur masse « optimale » pour la consommation), ou qu’il s’agisse des reproducteurs usés jusqu’à la trame qui rejoindront, en remerciement de leurs bons et loyaux services de « machine de production », leurs petits dans les abattoirs – mais, ces derniers n’y seront déjà plus bien entendu. Les quelques animaux postés par-ci par là au bord des lignes de TGV n’ont plus réussi à me faire oublier les dizaines de milliers de hangars obscurs et plus impénétrables encore que nos centrales nucléaires. Moi simple humaine, je n’ai plus su quoi faire.

10013891_779441535429569_7849189380127486204_nJe suis passée par tous les stades: « Mais l’homme est omnivore »… « Les protéines »… Que faire… Les carences ? Les traditions, les habitudes, mon enfance, les souvenirs… La norme, les amis, le regard des autres?… Et puis j’ai vu d’autres images. Su les chiffres effroyables; près d’un milliard d’animaux à sang chaud tués en une année en France. Les abattoirs qui fonctionnent nuit et jour. Les corps suppliciés, pendus tête en bas par une patte, clignant encore des yeux parfois faute d’étourdissement réussi et mugissant pendant que le sang leur inonde la figure…

Même les quelques-uns élevés en plein air, et même les « BIO » ; bio qui en principe veut dire « vie »… Les poussins mâles nés dans la filière productrice de poules pondeuses, jetés vivants pêle-mêle dans de grands broyeurs en acier et dans l’indifférence des « sexeurs de poussins » à la chaîne…

Les laitières pleurant pendant des jours en cherchant désespérément leurs petits, ces « milk-générateurs » dont les naissances programmées par les hommes et enchaînées années après années ne servent qu’à déclencher des lactations, et dont on les sépare aussitôt mis au monde après pourtant neuf longs mois d’attente- comme nous, simples humaines… Alors je n’ai plus pu. J’ai regardé mes dents de simple humaine, j’ai vu qu’elles n’avaient rien en commun avec celles d’un lion, d’un tigre ou même d’un ours ou d’un raton-laveur (omnivores…).

J’ai vu que mes molaires avaient des tables plates, bien plus aptes à broyer des céréales ou des fibres végétales qu’à briser des os. J’ai vu que mes canines ridicules n’avaient rien de leurs « crocs »; mais qu’elles me permettaient de casser des noix. Que mes incisives par contre savaient croquer dans les fruits. Ces belles incisives larges et plates, dont nous prenons tant soin de la blancheur, que seuls les herbivores arborent aussi sous parfois pourtant nos moqueries, mais qui visiblement ne servent à rien pour manger de la chair- regardez la taille de celles de vos chiens, cela vous sautera aux yeux. J’ai compris que les protéines animales n’apportent rien de plus que les protéines végétales, pour la bonne et simple raison, que tout le monde peut comprendre, qui est que les animaux que nous consommons en trouvent eux-mêmes la source dans leur alimentation végétale.

Tout comme le calcium, le fer, sont des produits de la Terre et non des vaches. Alors j’ai décidé de me nourrir directement moi aussi à cette source ; à la source de vie ; non plus à la source de sang et de souffrances. Moi simple humaine et mère de famille je me suis retrouvée dans mon supermarché habituel, déambulant perplexe caddy à bout de bras. « Aujourd’hui, c’est poulet, demain ce sera steak ou omelette et dimanche gigot », ça ne se remplace pas aussi facilement…

Puis finalement si ! Il faut juste un peu d’imagination et quelques conseils; je suis maintenant entourée de simples humains qui ont des recettes, des idées aussi, et aujourd’hui mon alimentation est presque la même qu’avant: j’ai juste dû apprendre quels aliments végétaux étaient les plus protéinés ; ce sont les mêmes que ceux que l’on donne au bétail, et c’est très logique finalement ! Les céréales (mais moi j’en fais des pizzas, des lasagnes, des boulettes aux épices), et les légumineuses – avec leur cortège de saveurs et leur absence de gras animal nocif pour les artères humaines. Lentilles au tofu fumé, pois-chiches au cumin, purée de pois-cassés ou chaussons aux blettes et aux haricots rouges, sont simplement des délices. Galettes de quinoa aux petits pois et aux carottes fondantes, sauce bolognaise aux protéines de soja texturées comme de la viande hachée, cannellonis aux lentilles corail et aux épinards, tourte aux cèpes ou terrine végétale aux noix, que de nouvelles recettes n’enchantent-elles pas désormais mes papilles !

veganEt dans tous les plats ou presque, de généreuses rasades d’huiles d’olives, de colza, de noisettes, car qu’est-ce qui fait en somme que viandes ou fromages sont « bons » (au goût)? C’est… le gras! Une viande trop sèche ou un fromage allégé, cela ne tente personne! Mais je ne souhaitais pas pour autant abandonner derrière moi des générations de transmission mère/fille, cela m’aurait brisé le cœur alors dans la recette de blanquette de maman, j’ai remplacé le veau par des gros champignons de Paris et la crème fraîche par de la crème de soja. Je fais le même tour de magie pour sa recette de poulet basquaise. Tout le reste, soupes de légumes, au pistou, salades composées, crudités, ratatouille, tomates à la provençales, asperges ou artichauts vinaigrettes, gratins en béchamel (au lait végétal bien sûr, de la béch-sans mamelles…) ou encore tartes aux pommes et marrons glacés, j’en mangeais déjà de toute façon très souvent (pas vous?).

Mais il est impossible d’énumérer ici les plats végétaliens, car leur liste est infinie. Je ne manque de rien, ni de protéines ni de fer ni de B12; et encore moins de calcium, qui est le 5 ème élément le plus abondant sur la croûte terrestre et que l’on trouve partout, même dans l’eau du robinet…

J’ai le teint rose et j’ai retrouvé ma taille et ma vitalité de jeune fille. Je ne m’indigne plus de façon partisane parce que certains chinois mangent des chiens ou des chats et certains français des chevaux. Tuer un agneau de trois mois ne me semble plus être moins cruel… Je suis entrée en combat contre l’aveuglement, le déni et le spécisme; je n’en veux à personne, sauf aux lobbies surpuissants qui entretiennent volontairement la « légende des protéines animales » et manipulent les esprits au détriment de la planète et de la santé humaine, véritablement bafouées car plus j’avance en profondeur dans ce vaste sujet d’études plus je découvre A QUEL POINT nous ne sommes pas biologiquement programmés pour nous nourrir de cadavres, ni de lait d’une autre espèce, pas plus que d’ovules d’oiseaux, et A QUEL POINT les dégâts infligés par cette activité devenue délirante et échappant désormais à tout contrôle mettent en danger nos sols, nos rivières, nos forêts et notre atmosphère.

Mais je suis désormais en paix avec moi-même. Je suis une simple humaine, femme sur la planète-mère.

Michèle Pettinelli.

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5 commentaires

  1. J’adore! Respect! :)

  2. Qu’ajouter de plus ? Quand on aura compris tout le potentiel affectif de tous ces animaux et leurs qualités !

  3. Cette histoire est magnifiquement bien racontee et ressemble beaucoup à la nôtre

  4. Très beau témoignage, j’ai effectué à quelque chose prêt la même prise de conscience, quel joie et bonheur d’être végétarien,
    Merci pour un si beau témoignage.

  5. cela est bien de défendre tous les animaux qu’on n’aiment

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